L’Apiculteur d’Alep, Christy Lefteri.

L'apiculteur d'Alep par Lefteri        J’ai reçu ce roman dans le cadre d’une masse critique Babelio. Il m’intriguait beaucoup et la couverture était vraiment belle, pleine de promesses, alors que le résumé laissait entendre la douleur. Le contraste m’a plu!

      Ce roman est une fiction, mais une fiction nourrie par les rencontres de l’autrices. Il raconte l’histoire de Nuri, un apiculteur,  de sa femme Afra et de leur fils Sami. Ils vivent en Syrie, à Alep. Mais la guerre ravage tout, et ils entament un long périple : fuir la guerre, essayer de survivre, essayer de trouver une autre vie, ailleurs, de se reconstruire.

     Ce roman est assez particulier. Deux histoires alternent : Nuri et sa femme, en Angleterre, en attente de la demande d’asile, et leur vie à Alep, les temps heureux, en flash-back, la perte des leurs, la perte de leurs biens, la peur, le vide, l’absence, l’incapacité à réagir puis l’urgence, vitale, de fuir. J’ai trouvé un détail dans l’écriture de ce roman particulièrement signifiant. Les époques se mêlent, en un tressage fin. Certains chapitres font le lien entre passé et présent. Le dernier mot du chapitre est isolé sur une page et constitue le premier mot du chapitre suivant. Cela permet de mimer le mouvement de flux et de reflux du souvenir, de mimer le passé qui nous étreint suite à un mot, une odeur, une situation. Si j’ai été surprise au début, je dois me rendre à l’évidence : c’est non seulement original, mais particulièrement efficace. Cela permet au lecteur de plonger dans les pensées de Nuri, de suivre son histoire, et peu à peu, nous sommes nous aussi submergés par ses sentiments : la nostalgie d’un pays aimé, perdu irrémédiablement, la peur, la souffrance, le deuil, l’impossible oubli des horreurs vues, des épreuves traversées. Chaque détail du périple nous égratigne un peu plus le cœur, et aux côtés de Nuri et de sa femme, nous sommes atterrés, pris à la gorge devant tant de souffrances humaines.

   Rien ne nous est épargné ici, pourtant, il n’y a pas de pathos à outrance, pas de violence démultipliée. Beaucoup de choses passent par l’implicite, et, à mon sens, cela en décuple l’effet. Le suggéré m’atteint plus qu’un langage cru dont je vais me distancier. A travers le voyage de Nuri et de sa femme, nous voyons apparaître les camps de transit des migrants – dans toute leur horreur – insalubrité, misère, promiscuité, trafics aussi. A demi-mots, nous sentons des trafics d’humains, de la prostitution forcée. Les passeurs sont aussi présents : leur manière d’exploiter la misère humaine, leur chantage, et l’argent – au centre de tout.

        Ce qui innerve ce roman, c’est surtout la peur, la souffrance humaine, et, en dessous l’espoir. L’espoir de tout reconstruire, l’espoir d’échapper à la guerre, de sauver sa vie, d’arriver à avancer, et non à oublier, car il est des choses que personne ne peut oublier. En filigrane, la question reste posée : comment survivre à la perte de son enfant, à l’abandon de tout ce qui nous a façonné, renoncer à son passé, à ses racines – en quête d’un Ailleurs plus riant – mais un Ailleurs où l’on nous questionne, où l’on nous soupçonne parfois, où certains nous exploitent. Ce voyage que nous faisons aux côtés de Nuri et d’Afra est un voyage douloureux, qui pèse sur le cœur, et qui nous atteint au plus profond de nous-mêmes, car, si nous ne sommes pas dans un pays en guerre, la guerre a déjà dévasté les vies de nos grands-parents, et nous ne pouvons qu’espérer que cela ne nous arrive pas à notre tour aussi.

      L’Apiculteur d’Alep est donc une lecture très émouvante. Ce roman est riche en humanité et il sait parler à notre cœur. Sous les dehors de la fiction, sous une histoire particulière, il nous parle de milliers de personnes, il nous parle de l’Homme et des épreuves d’une vie. 

 

 

 

Une réponse sur « L’Apiculteur d’Alep, Christy Lefteri. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s