Pièces détachées, Phoebe Morgan.

Pièces détachées par Morgan J’ai eu la chance de découvrir ce thriller en avant première.  La parution initiale est prévue pour avril 2020, même si dans le contexte actuel, les choses peuvent bouger. C’est le premier roman de Phoebe Morgan que je découvre, et je suis ravie d’avoir voyagé aux côtés d’une nouvelle plume.

      Pièces détachées nous plonge dans l’histoire d’une famille : celle de Corinne et d’Ashley. La première essaie désespérément d’avoir un enfant, et reste convaincue que cette FIV est la bonne. D’autant plus que des signes corroborent son pressentiment : la maison de poupée de son enfance semble lui faire un clin d’œil par l’intermédiaire d’un petit objet trouvé… Mais bientôt, les signes deviennent oppressants. Et si quelqu’un lui voulait du mal? Pour ne rien arranger,  la vie de sa sœur est  rapidement, elle aussi, bouleversée.

       J’ai beaucoup aimé la couverture de ce livre, à la fois banale (qui n’a pas vu une poupée cassée?) mais aussi sombre et inquiétante. Elle résume bien l’atmosphère du roman qui s’épaissit lentement, jusqu’à devenir poisseuse et franchement oppressante.

     Le récit débute sur le quotidien, sur des situations vraisemblables qui nous ancrent dans le réel et qui permettent ensuite au mal de s’insinuer, sournoisement, de ramper dans l’ombre.  Nous découvrons Ashley et ses enfants, maman débordée de trois enfants -dont une adolescente en pleine rébellion-, un mari aux absences douteuses, un épuisement général et compréhensible, une soif de vivre en dehors du nid avec un petit travail à temps partiel. Corinne et ses FIV occupent aussi une large place : son espoir fou, sans angoisse aussi de ne jamais être maman, cette douleur, ce vide qui laboure le cœur et le ventre. Corinne est un personnage émouvant, je trouve, par cette douleur lancinante qui l’habite et ne la quitte pas. L’épuisement des traitements, le regard douloureux porté sur celles qui sont mères, et l’envie de dépasser tout cela : ce sont autant d’éléments qui la rendent pleinement humaine, et qui seront aussi le terreau efficace pour la plongée dans le cercle infernal, car… qui croirait une femme oscillant entre détresse émotionnelle et poussée hormonale? Tout le monde trouve alors une excuse rassurante aux petites détails dérangeants : ce sont les hormones, il lui faut du repos, son imagination lui joue des tours, un deuil mal digéré… et, de fil en aiguille, de déni en incompréhension, le malaise augmente car rien n’est pire que de voir ses émotions, ses pressentiments niés comme si l’on était un enfant sans discernement. Bientôt, des secrets de famille seront déterrés, et le passé viendra frapper les vivants de plein fouet.

     Aux chapitres consacrés à Corinne, Ashley et leur mère succèdent d’étranges passages, courts, en italique. Nous comprenons bien vite qu’il s’agit d’une enfant d’abord, une enfant qui grandit dans un univers glaçant, aux conséquences à n’en pas douter désastreuses. Plus on avance dans le roman, et plus on comprend qui est cette jeune fille, ce qu’elle voudrait et qu’elle n’aura pas. Il n’est donc pas difficile de deviner le fil conducteur qui reliera les personnages principaux à cette mystérieuse demoiselle. Pour autant, la révélation de son nom dans le présent des personnages m’a surprise! J’avais suspecté bien d’autres personnages, et je me suis trouvée désarçonnée lorsque j’ai enfin su. Jamais je n’aurais songé à elle. Autant dire que je suis ravie d’avoir été bernée. 

       Certains passages du livre sont assez classiques dirons-nous, notamment concernant la vie d’Ashley et ses angoisses dans sa vie de couple. J’ai assez vite compris aussi ce qui se tramait avec sa petite Holly, dès que l’autrice nous a donné l’ombre d’un indice. Pour autant, cela ne m’a pas du tout empêchée de lire la suite. Et la fin est véritablement le point d’orgue du livre. Les cinquante dernières pages défilent sous nos doigts, la tension est à son comble, et nous avons hâte de savoir ce qu’il adviendra de chacun de nos personnages… Le dernier chapitre nous réserve d’ailleurs une petite surprise des plus désagréables, tout à fait à même de nous donner quelques frissons supplémentaires, comme un petit cadeau d’adieu empoisonné.

    Enfin, la plume de l’autrice est très agréable et fluide. J’ai parfois tiqué sur une ou deux formules ou cherché un ou deux mots que je ne connaissais tout simplement pas (« s’arsouiller », par exemple : s’il est familier, pour autant, j’aime bien la sonorité de ce verbe, « boire à l’excès », on entend bien dedans les gargouillis de la boisson avalée, cela m’a bien plu, je l’avoue!).  Pièces détachées se lit donc avec une facilité déconcertante.

       Ainsi, Phoebe Morgan nous propose un très bon thriller avec Pièces détachées. La base relativement classique de certains passages s’enrichit d’éléments originaux et intéressants. Le « méchant » est une personne hantée par ses propres démons, et fait véritablement froid dans le dos, tant par son machiavélisme que par son attitude changeante et malsaine. Un thriller très efficace!

 

3 réponses sur « Pièces détachées, Phoebe Morgan. »

  1. J’ai lu des avis plus mitigés, le tien me conforte un peu plus comme j’ai pas mal d’appréhensions. Je pense le lire la semaine prochaine, généralement j’aime beaucoup ce genre de thrillers domestiques donc j’espère être aussi convaincue que toi;

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    1. Oui, j’ai lu moi aussi des avis mitigés. Après, honnêtement, je trouve que ce roman répond aux attentes. Certains lecteurs trouvent Corinne peu sympathique… bon, c’est une question de goût, je dirais. 🙂 Ce qui est certain, c’est que certains éléments restent classiques, ce qui ne m’a pas forcément dérangée. J’attendrai ton retour, alors. 🙂

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