Le Poète, Michael Connelly.

Le Poète       Pour mon Bookclub de décembre, nous avons choisi de lire un roman de Michael Connelly. Comme je ne connaissais pas l’auteur, j’ai fureté sur Babelio et Le Poète m’a tenté pour son aspect littéraire. Un meurtrier qui fait référence à Edgar Allan Poe, ça m’a plu.

     Le Poète nous raconte la croisade de Jack Mc Evoy, un journaliste qui peine à croire au suicide de Sean, son frère jumeau, policier. Le mot laissé par le mort est incompréhensible, a des accents littéraires, et des zones d’ombres apparaissent vite dans son emploi du temps. Jack furète où il le peut, découvre une enquête du FBI sur les suicides policiers et met au jour une affaire tentaculaire, capable d’offrir un scoop, mais aussi à même de faire de lui une cible.

      J’ai été déroutée au tout début de ce roman. La première ligne « La mort, c’est mon truc. C’est grâce à elle que je gagne ma vie » m’a intriguée… et j’ai adoré! Grâce à ces quelques mots, je me suis demandé qui parlait, si c’était l’assassin ou si c’était un enquêteur. C’est une entrée en matière tonitruante qui retombe malheureusement assez vite puisque pendant une petite centaine de pages, nous suivons Jack en plein questionnement autour du suicide de son frère… d’où ma perplexité initiale. Durant tout ce laps de temps, l’enquête n’a pas vraiment commencé et le rythme est très lent. Cela permet bien sûr de poser la psychologie des personnages, mais après le début fracassant, je me suis demandée si je n’allais pas m’ennuyer finalement. Pour vous rassurer tout de suite : cela n’a pas été le cas car le tempo redécolle avec l’enquête du FBI, l’apparition de Rachel et de son équipe.

      J’ai apprécié la densité de l’enquête et de l’affaire, ses ramifications. En effet, à ces suicides policiers s’adosse une série de crimes. L’enjeu est donc de savoir comment s’articulent les deux séries, si un seul et même criminel est à l’oeuvre, s’ils sont deux, s’ils collaborent ou non. Jusqu’au bout, l’auteur maintient le doute sur l’assassin des policiers, sur son identité et ses motivations. J’ai aimé le renversement de situation final : le lecteur pense avoir démasqué le coupable – Jack aussi d’ailleurs- et, au dernier moment, nous nous rendons compte que le faisceau d’indices n’était qu’un feu de paille permettant de masquer le véritable incendie. Le véritable criminel est intéressant car jusqu’au bout il parvient à duper, à ruser . Mon grand regret est que même à la fin, nous ne savons toujours pas ce qui a motivé son geste. L’auteur a particulièrement bien réussi à m’induire en erreur, car à aucun moment je ne l’ai suspecté. La construction et l’économie d’ensemble de l’oeuvre sont d’une efficacité redoutable : dès le début, on nous livre des petits détails qui, au lieu de nous aider, vont étayer des soupçons qui seront bientôt déçus! Les révélations sur les liens entre les enquêtes sont savoureuses, patiemment construites et amenées avec brio. La longueur du roman permet aussi à l’histoire de prendre toute son ampleur et de laisser le temps aux choses d’arriver, sans leur conférer un aspect précipité. Pas de deus ex machina dans ce roman donc, et cela fait beaucoup de bien.

      Le roman est construit en deux axes : Jack Mc Evoy et son enquête / Gladden, un pédophile qui tente d’échapper à la police tout en continuant son petit commerce de photos volées. L’articulation entre les deux est difficile à trouver durant une grosse moitié du roman, mais cela ne m’a pas vraiment dérangée. Je me doutais que les deux fils se rejoindraient à un moment où à un autre et j’ai pris mon mal en patience. Par contre, il est vrai que je n’étais pas impatiente de retrouver le personnage de Gladden, personnage qui n’a rien de séduisant, il faut bien le dire.

       C’est d’ailleurs peut-être l’un de mes regrets dans ce roman. Je n’ai pas vraiment eu de coup de cœur pour les personnages. Jack Mc Evoy ne m’a pas séduite malgré son courage et sa détermination. Il m’a un peu fait l’effet d’un cœur d’artichaut, prompt à tomber amoureux, prompt à faire marche arrière, prêt à mettre en doute l’affection de l’autre. La manière dont il envisage l’enquête sur son frère, sans cesse adossée à la notion de scoop, m’a dérangée. C’est un peu comme si ce dernier hommage, cette quête de sens et de vérité était instrumentalisée et devait le servir avant de servir la vérité et la mémoire de son frère. Je pense que c’est un des éléments justifiant mon recul vis à vis du personnage. Rachel quant à elle est un personnage féminin intéressant. C’est une femme policière de valeur, compétente, travailleuse acharnée, mais l’auteur lui a conféré une attitude très masculine, violente et dure. Sans tomber dans le cliché de la femme fragile, cette dureté extrême et cette violence latente ne m’a pas emportée non plus. Elle reste un personnage intéressant, bien entendu, mais qui n’a fait vibrer aucune corde sensible chez moi.

       Par contre, j’ai adoré la mise en abîme littéraire. L »idée que le meurtrier déguise ses meurtres et les signe d’une citation d’Edgar Allan Poe a quelque chose d’original. Ce détail infime que relève peu de policiers est le sel de l’enquête.

      Ainsi, Le Poète est un excellent polar. J’ai beaucoup aimé ma lecture : elle a été fluide et rythmée, riche en rebondissements et en surprises.

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