Sous un ciel écarlate, Mark Sullivan.

Sous un ciel écarlate par Sullivan    Pour une fois, c’est le résumé de ce roman qui m’a conquise plus que la couverture qui est pourtant plutôt  programmatique. Nous ne sommes pas leurrés sur le contenu : avions, guerre, ciel de sang… Le thème est bien là. La lecture ne sera pas joyeuse.  Bien que ce ne soit pas prévu au départ, je fais rentrer ce roman dans ma PAL du Pumpkin Autumn Challenge, qui n’aura jamais autant été malmenée que cette année! Ce sera donc mon nouvel Automne Astral, catégorie l’Autre mère car ici il est bien question de famille et d’amitié, même si le cœur du récit est ailleurs.

      Sous un ciel écarlate se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, en Italie. Pino a alors dix-sept ans,. Alors qu’il en est aux premières amours, les Alliés bombardent la ville, les affres de la guerre s’accentuent et Pino doit faire des choix : quitter la ville et le carnage des bombes, y revenir, s’engager… oui, mais dans quel camp? Et l’Histoire laissera-t-elle l’Amour vivre ou l’étouffera-t-elle dans l’œuf?

      Deux éléments rendent ce récit d’autant plus précieux et intéressant : le prologue et l’épilogue. Dit ainsi, je sais que cela semble curieux. En fait, ce roman est inspiré d’une histoire vraie, celle du véritable Pino Lella. Le prologue le rappelle et explique dans quelles conditions l’auteur l’a rencontré. Or, au fil de la lecture, nous sommes emportés dans le récit et  nous perdons de vue qu’il s’agit d’une histoire vraie, à l’origine. L’épilogue nous le rappelle en nous expliquant ce qui est arrivé aux différents protagonistes après la guerre. Ce roman – car c’est bien un roman, l’auteur dit lui-même qu’il a comblé les trous dans la mémoire de Pino – s’inscrit donc dans une véritable historicité et il acquiert un retentissement plus grand dans nos cœurs.

       J’ai particulièrement apprécié que ce roman évoque la guerre du côté italien. Etant germaniste, j’ai étudié en long en large et en travers la Seconde Guerre mondiale en Allemagne et j’avoue que je deviens difficile avec ce thème. Mais je connais mal cette période en Italie, et l’auteur se montre particulièrement précis sur le contexte historique. Mussolini surgit entre ces pages, avec sa maîtresse, sous un jour peu flatteur, les exactions de la Gestapo sont montrées de page en page dans toute leur horreur, les vols, les pillages, les intimidations, les machinations des puissants, tout apparaît. L’auteur ne se cantonne pas seulement à la guerre en elle-même, et c’est particulièrement intéressant car cela donne encore de la profondeur au récit. Au lieu de terminer sur la liesse suite à la défaite allemande, l’auteur nuance et évoque l’immédiate après guerre. J’ai aimé que cette période ne soit pas idéalisée : si c’est une libération pour beaucoup, c’est aussi et surtout une période sanglante faite de règlements de comptes, de basses vengeances, de représailles, de femmes humiliées, d’assassinats d’opportunité. Une période dangereuse car la foule en colère peut devenir incontrôlable et la vindicte s’abat sans distinction, faisant d’innocentes victimes à côté des bourreaux. Mon petit cœur de lectrice a souffert à la lecture de ces pages mais s’est aussi réjoui de voir cette période retranscrite sans voile d’idéalisme. Le roman gagne donc en épaisseur grâce à ce parti pris et se charge d’une véritable nuance. Le bourreau peut aussi parfois faire de bonnes actions, le héros peut se montrer injuste ou faible.

      Dans ce roman, l’insouciance du début est vite balayée par la guerre, par l’engagement, par les déchirements, par les drames puis par les retrouvailles. J’aurais envie de dire que l’histoire est menée tambour battant et pourtant, ce n’est pas tout à fait vrai. Au sein de cette urgence, nous avons des tempos plus lents, qui parfois nous pèsent un peu, osons le mot. Certains passages relèvent de l’anecdote or, même s’ils nous semblent anodins ou peu importants, ils contribuent à faire cristalliser des personnages complexes.  Ainsi, des promenades en montagne préparent les projets du père Re, les repas de groupe montrent l’atmosphère. La rythmique qui est imposée au livre correspond finalement à la vie réelle : de brusques accélérations qui bien souvent infléchissent le cours de notre vie, des rencontres inattendues et des moments doux, presque hors du temps, qui côtoient la souffrance à l’état pur, le désespoir et la détresse. Ainsi, la plume de l’auteur sait se rendre nerveuse pour traduire l’urgence, pointilleuse pour nous donner à voir un paysage de montagne, elle sait se faire dramatique pour raconter les combats, les morts, la souffrance mais aussi douce et lyrique pour dire l’amour.

      Du côté des personnages, j’ai un coup de cœur pour Pino. Son insouciance et sa joie de vivre sont communicatives au début. Il nous touche par son désir de vivre et par sa gouaille adolescente. Lorsque le temps de l’engagement est venu, il force notre respect par son courage, sa détermination et son sang-froid. Il est absolument stupéfiant de penser que ce qui nous est raconté a vraiment eu lieu. Du moins pour la majeure partie des éléments. Beaucoup de mésaventures de Pino paraissent romanesques ou dignes d’un film, nommez cela comme vous le voulez. Cela rend le destin de cet homme encore plus incroyable, son courage et sa force de caractère n’en paraissent que plus grands. Pour autant, l’auteur n’en fait pas un homme parfait. Il doute, hésite, se décourage, regrette. Il est humain, tout simplement. Son parcours m’a profondément émue, son amour pour Anna aussi. Je n’ai pas honte de dire que la fin m’a arraché des larmes, à moi qui ne pleure jamais devant un roman ou un film. Pourtant, un élément m’a touchée au-delà de l’imaginable, sans doute parce que j’ai mesuré la douleur ressentie par Pino.

      La galerie de personnages en général est intéressante. Parmi mes préférés, nous trouvons le Père Re, prêtre courageux, tolérant et humain.  Le frère de Pino, Mimmo, se détache aussi du lot. Comme son frère, il est hors norme.  C’est un garçon entier, courageux et fier… qui ne mâche pas ses mots et le regrette parfois! Il fait un contrepoint intéressant à Pino. L’un est incapable de faire des concessions, l’autre sait louvoyer et agir dans l’ombre pour arriver à servir au mieux les intérêts du groupe, quitte à essuyer le mépris – sans l’avoir mérité. A vous de découvrir qui est qui!

    Ainsi, je suis bluffée par ma lecture. Non seulement j’ai découvert un autre versant de l’Histoire, mais les personnages et leur destin m’ont planté un poignard dans le cœur et m’ont émue aux larmes. Sous un ciel écarlate est une lecture qui sonne juste, sans trémolos et sans pathos, une lecture émouvante tout simplement. 

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