Le Pacte de la mer (Kaikisen), Satoshi Kon.

Kaikisen : Retour vers la mer par Kon       Pour celles et ceux qui me connaissent un peu, vous savez que les mangas et moi, ce n’est pas une longue histoire d’amour. C’est tout simplement un genre que je connais peu et que par conséquent, je goûte peu. Mais j’ai profité des 48h de la BD l’année dernière pour m’offrir ce collector que je trouve superbe et pour combler quelques unes de mes lacunes par la même occasion. Je l’ai intégré au Pumpkin Autumn Challenge dans le menu Automne Astral, catégorie « Songe d’une nuit d’automne ».

      Le Pacte de la mer met en scène un petit village, Amide, dont la vie est sur le point de changer. Depuis plusieurs générations, le village est prospère et la légende veut que ce soit grâce à un pacte avec les Sirènes, mais la construction d’un complexe touristique risque de balayer tout cela… et de renverser l’équilibre séculaire des lieux.

   J’ai apprécié cette histoire qui a un fond très moderne bien qu’il s’agisse pourtant d’un récit paru il y a vingt ans déjà et réédité. L’artiste revivifie le mythe des Sirènes tout en y ajoutant une dimension environnementale. Selon la légende, la famille de Yôsuke aurait conclu un pacte avec les Sirènes. Soixante ans durant, la famille veillera sur un œuf, en échange de quoi la mer assurera prospérité à la ville. Je crois que c’est la première fois dans mes nombreuses lectures que j’entends parler d’un œuf de sirène et je trouve l’idée intéressante. Cela permet aussi de représenter ces créatures mythiques de manière différente. Elles ne sont plus les tentatrices qui emportent les marins au fond des mers, elles ne sont plus non plus ces « êtres sans âme » qui aspirent à une âme immortelle comme chez Andersen. Elles sont des êtres vivant au fond des mers, aspirant à la paix, à l’entraide, et elles deviennent le symbole de la générosité de la mer, un symbole nourricier. Malgré tout, elles restent puissantes et donc fascinantes car elles ont le pouvoir de reprendre les bienfaits octroyés.

       Le lien avec l’écologie apparaît de manière manifeste puisque c’est le projet d’un promoteur immobilier qui met le feu au poudre. Ce qu’il prévoit de construire met en péril une île, les littoraux et également les traditions séculaires. Or, nous savons à notre époque combien la préservation de la nature et des littoraux devient un enjeu précieux pour la faune, la flore et pour nous tous. La course contre la montre qui s’engage autour de ce projet, les oppositions de certains, les pressions des autres, tout cela est plus que crédible. Cette oeuvre n’amène pas à faire réfléchir, ne se veut pas engagée, mais elle montre les enjeux économiques (favorisés au détriment de la nature), le carnage amorcé, l’absence de scrupules de certains promoteurs. Autant de choses qui résonnent en nous.

       J’ai beaucoup aimé aussi la part de légende qui innerve ce roman graphique et la place qu’elle prend dans la vie de chacun. Fascination des uns une fois l’œuf révélé, incrédulité des autres considérant qu’il s’agit de sottes croyances et notre personnage principal au milieu, Yôsuke, partagé, déchiré presque, même s’il ne veut pas le reconnaître. Il se débat en effet entre l’attachement à l’histoire familiale, l’amour pour son grand-père porteur de la tradition, la peur de la mer, cruellement enracinée en lui et un scepticisme teinté malgré tout de croyance. Le fameux « Et si…? » qui nous étreint sans que l’on puisse le justifier rationnellement. Ce personnage est donc tout à fait crédible : comme de nombreux adolescents, il a envie de nouveauté et renie la légende en laquelle il croyait enfant, pensant qu’il est l’heure de grandir. Je vous laisse découvrir par vous même comment il évolue.

       Je ne suis pas une spécialiste du dessin et de ses codes en terme de manga, mais j’ai apprécié les graphismes ici. Les visages ne sont pas disproportionnés, la représentation des lieux est particulièrement travaillée, que ce soit les paysages ou les bâtiments. J’ai aimé aussi la représentation des sirènes, plus souvent suggérées  que pleinement montrées : une ombre, une queue, une silhouette au fond des eaux, la réaction étrange de l’œuf – semblable à une perle- , les manifestations marines à mesure que gronde le mécontentement de la sirène. Bref, autant de petits détails qui sont signifiants.

        Ainsi, je suis enchantée de ma découverte. Le Pacte de l’eau est une belle légende aux accents résolument modernes, au crayonné efficace et agréable. Voici un manga qui se lit avec beaucoup de fluidité. 

 

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