Le Horla, Guillaume Sorel ( BD)

Le Horla (BD) par Sorel     Pour mes élèves de 4e, j’ai quelques bandes dessinées dans ma salle notamment cette adaptation du Horla de Maupassant, par Guillaume Sorel. J’ai pris le temps moi aussi de découvrir cet ouvrage parce que j’étais curieuse de savoir comment serait adaptée cette nouvelle que je n’aime pas spécialement. Sans doute est-ce lié au fait que j’en ai eu de mauvais écho adolescente (ma sœur l’a étudié deux années de suite et détestait cordialement ce livre…) Bref, il fait partie de mes inimitiés littéraires!

      Je ne reviendrai que brièvement sur le fond de la nouvelle et donc, de la BD par extension : le narrateur vit paisiblement jusqu’au jour où il sent chez lui une présence oppressante. Une présence qui se nourrit de différents aliments, de lui, sans doute aussi un peu! Notre narrateur imagine donc des stratagèmes pour le comprendre et pour lui échapper.

      Tout d’abord, comme à chaque fois que je chronique une bandes dessinée, je m’attarderai sur les graphismes. Je les trouve très beaux et cela a aussi influencé mon choix de le proposer à mes élèves. La couverture est superbe. Ses teintes très douces et le cadre presque bucolique détonnent lorsque nous connaissons la nouvelle : cela intrigue donc le lecteur. De page en page, nous suivons le récit qui se déroule au XIXe siècle. Le trait de crayon retranscrit très bien cette époque, et noue avec l’œuvre originale un lien puissant puisque le crayonné devient à son tour réaliste. Les visages sont terriblement expressifs et le jeu sur les couleurs et les plans prend son sens plein en montrant les doutes, l’angoisse puis la bascule vers la folie.

      Sur certaines pages, le cadrage de la vignette s’agrandit pour faire place à la beauté d’un paysage, pour mettre en valeur le caractère grandiose d’un sous-bois et pour montrer que l’humain se perd, soulignant aussi qu’il n’est que peu de choses face à des éléments qui le dépassent. Nous touchons là un soupçon de romantisme et, je trouve que cet ajout est signifiant, par rapport au contenu du texte de Maupassant. J’ai donc apprécié ces ex-cursus à la fois poétiques par le dessin et signifiants à l’analyse. La vignette explose parfois complètement pour faire place à une page dédié à un événement, page entière, saisissante et d’autant plus marquante. L’agencement de la bande dessinée et les choix de mise en page deviennent des instruments littéraires à leur tour, montrant la stupéfaction des uns, la domination des autres, la terreur aussi. En cela, je suis séduite, car il faut le dire, ces encarts d’une page entière sont de toute beauté, chacun à sa façon et la métaphore du papillon entre le Horla et le personnage est intéressante, métaphore filée jusqu’à l’ultime page, comme un motif musical… reliant ainsi tous les arts.

     J’ai adoré la manière dont le Horla est représenté dans cette bande dessinée. C’était à mon sens la gageure de cette oeuvre : comment représenter ce qu’on ne voit pas? Je trouve le parti pris de l’artiste très intéressant. Le Horla devient par bribes – une forme évanescente, un courant d’énergie impalpable, mais puissant, presque à notre image, et pourtant différent. Son surgissement la nuit n’est pas sans faire penser à certains tableaux de Füssli, Le Cauchemar, par exemple, et apporte un caractère encore plus glaçant à cet être dont nous ne saisissons pas bien les caractéristiques.

     Cette bande dessinée est bien identifiée comme étant une adaptation : la mention  « d’après l’œuvre de Maupassant » trône sur la couverture. Alors, oui, il y a des ajouts par rapport au récit d’origine, notamment des séances de spiritisme, la présence d’un chat – qui n’est pas sans nous faire penser au Chat noir d’E. A. Poe, puisque l’artiste l’a dessiné noir comme l’encre- ainsi que quelques mésaventures entre le narrateur et l’animal. Mais ces additions sont dans le droit fil de l’œuvre et/ ou de l’époque, si bien qu’à aucun moment elles ne choquent le lecteur.  Pour moi qui ai déjà lu plusieurs fois la nouvelle, j’ai trouvé amusant de déceler les changements, les petits bonus. Comme le sens du texte d’origine n’est pas bouleversé, que le fond n’est pas transformé de manière radicale, nous savourons le plaisir érudit de reconnaître et discerner, et c’est assez jubilatoire! Le lecteur se plongeant dans cet univers pour la première fois retiendra, quant à lui, l’essentiel. Il y a donc deux strates de lectures : cela permet à cette bande dessinée de s’adresser à tous les lecteurs et d’apporter quelque chose à chacun.

     Ainsi, cette adaptation en bande dessinée du Horla m’a presque réconciliée avec la nouvelle de Maupassant. Le fond de l’histoire est bien le même, malgré des modifications, et j’ai adoré le travail artistique pour mettre en images une époque, pour dessiner l’invisible et pour montrer la lente descente aux Enfers d’un homme. Le trait est beau, ne tombe pas dans l’excès et exprime les émotions à la perfection. Les allusions décelables à d’autres œuvres d’art est le petit supplément qui nourrit le cœur et l’esprit. 

 

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