Question de temps, E.R. Link.

Question de temps par Link      Le Pumpkin Autumn Challenge a été pour moi l’occasion rêvée de sortir Question de temps de ma Pile à Lire. Des pirates, des aventures… il entre parfaitement dans la catégorie Les Os / Eaux de Davy Jones!

      Question de temps se déroule dans l’archipel  du Touraco, un petit paradis dans lequel Calixte Zygène de la Spirée évolue, entre larcins sur terre et aventures en mer.  De découvertes en rencontres inattendues, tout un périple s’ouvre devant lui : vaisseau fantôme, sorcière des marais, il réveille des mythes séculaires et met en branle une mécanique implacable dont il ne soupçonne pas les retombées.

      Diantre que c’est dur de rédiger cette chronique! Je voudrais vous dire… tout vous dire, vous jeter les mots en bouquets, en touffe et vous dire l’amour pour les détails, pour la couverture, pour le sens du titre, pour les êtres qui sont là…  mais je ne spoilerai pas, une fois de plus, alors voici, ce que je me contenterai de vous dire :

      Tout d’abord, j’ai adoré retrouver la plume d’E.R. Link et son univers. Ce qu’il y a d’époustouflant dans ces romans, c’est le travail de précision, le travail d’orfèvre  autour du langage. Chaque mot est pesé, mûri, réfléchi pour prendre sa pleine mesure dans la phrase. Ainsi, nous ne parlerons pas de manteau ample, sans manche, mais de « macfarlane », au lieu de la lueur ou de l’éclat d’un objet, nous découvrons le mot « nitescence » qui vient auréoler la phrase de sa saveur et de son éclat. J’aime cette langue précieuse, savoureuse, piquée de beaux mots. C’est une plume qui parle à mon cœur et à ma tête, qui m’enrichit et m’intrigue. Pour autant, il n’y a pas de prétention ou d’intention hautaine, juste l’art du beau mot, l’art du bon mot aussi! En effet, l’humour n’est jamais loin derrière le mot rare. Les noms des personnages sonnent à notre oreille et donnent lieu à de magnifiques jeux de mots, des déformations qui nous font rire et nous amusent. Les personnages eux-mêmes ne reculent pas devant un langage fleuri, auréolé de plaisanteries et de sous-entendus. L’alliance de tout cela chatouille notre oreille, éclate en bouche, se prolonge dans notre cœur et notre esprit et s’évanouit doucement en nous laissant le goût d’une sucrerie rare et raffinée. A cette beauté de la langue s’ajoute la culture de l’autrice qui affleure et parle à notre propre culture : Cyrano n’est pas loin derrière une pique envoyée par Calixte à une vieille marquise excessive, Baudelaire et son Albatros affleurent derrière le vol du pélican et sa grâce – très relative- sur terre…

      L’univers – en général- d’E.R. Link est un pur plaisir : la Terre des Brumes, ses mystères, ses îles, le monde de la piraterie revivifié par les ajouts steampunk permettant au passé et au présent de cohabiter, de s’enrichir l’un l’autre et d’enrichir le texte. De plus, les romans se répondent, des noms connus surgissent, nous rappellent des souvenirs et concourent à la solidité de l’univers créé. Mademoiselle des Jardins aux oiseaux par exemple a suscité mon attention et depuis, j’essaie désespérément de la relier aux personnages de sa lignée qui apparaissent dans Strawberry Fields! Je m’interroge sur Ankor également et brûle de faire le lien entre lui et la famille des Jardins aux oiseaux. Bref, nous avons une cohérence d’ensemble parfaite qui capte notre attention.

       Les personnages ne sont pas en reste pour nous séduire! Calixte m’a tout bonnement conquise. Il est drôle, taquin, espiègle mais il est surtout rusé et déterminé. Il se tire de toutes les situations, à grand renfort d’humour, et en usant de son charme… mais il s’attire aussi beaucoup d’ennuis à cause de ce charme et de cet humour! Figure de pirate hors norme, fantasque, il nous amuse tandis qu’Onésime Cortinaire nous intrigue tant il reste mystérieux. Sybil enfin est résolument touchante : à la fois forte et sensible, déterminée, elle reste femme dans un univers d’hommes. Et c’est là une des beautés de ce roman aussi : nous avons des femmes là où nous attendrions plutôt des équipages masculins et ces femmes sont aussi précises et efficaces que les hommes, si ce n’est plus! Sous les dehors d’un roman de piraterie, nous avons aussi un roman résolument féminin car, arrivé au terme de l’oeuvre, Calixte et Sybil se disputent le titre du premier rôle et tous deux sont en bonne lice pour le remporter!

        A cela s’ajoute un réel travail de fond sur la structure du roman. Nous trouvons des jeux de répétition- variation grâce à Joséphine, qui nous exaspère au début, puis nous fait sourire avant de nous séduire ; nous avons des effets de boucle qui ne se dévoilent que petit à petit ; et implacablement, comme dans une tragédie antique, le jeu du Destin se met en marche si bien que chacun des protagonistes court à sa fin plus qu’il n’y va. J’ai adoré la finesse avec laquelle chaque infime détail prépare la chute du roman. En ce sens, la structure de l’oeuvre est d’une grande complexité mais aussi d’une grande finesse : rien n’est laissé au hasard, on ne pourrait changer une ligne sans faire s’écrouler l’édifice. Chaque mésaventure de Sybil, d’Onésime, de Calixte (ou même de Gros-Sac!) est importante et… il y en a beaucoup, c’est le moins que l’on puisse dire! Rebondissements, aventures, révélations, trésors, magie, technologie…  : tout est là.

      Enfin, je ne peux pas ne pas mentionner Gros-Sac dans cette chronique. Nous avons là un personnage d’une efficacité redoutable : exaspérant, drôle, balourd, attachant et pénible. Il a toutes les qualités, ponctuées d’autant de défauts, bien évidemment. Sous ses airs patauds, Gros Sac est un personnage essentiel du roman et il apporte un je-ne-sais-quoi d’indéfinissable et de savoureux.

      Ainsi, Question de temps est un vrai petit bijou aux mille facettes ! L’univers déployé est absolument fabuleux, d’une richesse et d’une densité peu communes. Les personnages sont jouissifs par leur audace, leur gouaille, leur (més)aventures. Une fois le roman entamé, le rythme enlevé nous entraîne toujours plus avant à travers le voile du temps, par-delà les époques, pour vivre une aventure hors normes. Ce n’est donc qu’une question de temps avant que je ne me jette sur les autres livres d’E.R. Link…

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