Quand sort la recluse, Fred Vargas.

Quand sort la recluse par Vargas      J’ai lu tous les romans de Fred Vargas. Depuis dix ans, cela fait partie des intemporels de ma bibliothèque. La recluse attendait son heure, tapie dans un recoin sombre et je la gardais de côté pour les mauvais jours, convaincue que je ne pourrais que l’aimer. Finalement, mon amie Hélène m’a donné envie de m’y plonger plus tôt que prévu.

      Quand sort la recluse présente une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg : trois morts, des morsures d’araignée, une recluse, et un imbroglio dont personne ne voit le sens profond. Une enquête qui patine et crée une scission au sein de la brigade, une plongée au cœur de l’humain.

      Ouvrir ce roman a été une bouffée d’oxygène, un retour dix ans en arrière, sur les traces d’une plume que j’adore, sur les pas de personnages qui me touchent. En deux pages, tout m’est revenu, d’un coup, et l’attendrissement m’a saisie. Adamsberg, Veyrenc, Danglard, Froissy et tous les autres. En un clin d’œil, leurs manies, leurs habitudes, leurs particularités ont ressurgi, comme un équipage fantôme sortant des eaux après une longue absence. De page en page, ils ont retrouvé leur consistance et leur ampleur… et m’ont une fois de plus séduite.

      Adamsberg est un commissaire à la saveur particulière. C’est un personnage éthéré, flou, flottant entre deux courants. Sa pensée insaisissable déroute et dérange mais est d’une efficacité sans borne. Lui seul voit des meurtres là où on nous parle de morsures d’araignées, lui seul fait le pont entre des événements décousus et il réassemble le chaos. Dans cet opus, nous découvrons une anecdote sur son enfance, nous découvrons son frère, et cela m’a fait plaisir. J’ai eu l’impression, après une longue absence, de retrouver un ami mais sans le reconnaître entièrement. Dans le roman, il y a un pan de plus de cet homme, une part d’humanité de plus, car ici, Adamsberg doute, s’inquiète, s’agace et nous sommes face à un nouveau commissaire ni tout à fait pareil, ni tout à fait différent. Une variation quasi impalpable de lui-même et pourtant hautement signifiante. Danglard, son fidèle adjoint, est dans le même cas de figure. L’érudit de la brigade nous fait sourire et nous émeut par ses tics… pourtant, pour la première fois en dix ans, il a réussi à m’agacer parce qu’il se méfie d’Adamsberg et parce qu’il fait cavalier seul. Malgré tout, in extremis, il redevient celui que nous adorons. Ces aspérités au sein de personnages connus (et bien connus) permettent de retrouver le charme de ceux que l’on aime mais aussi de rajouter un supplément d’être, et cela ajoute au plaisir de la lecture, annihilant tout risque de déjà vu.  L’univers imaginé par Vargas s’approfondit donc par strate, et, avec précision, elle cisèle toujours un peu plus des  personnages déjà dotés d’une réelle profondeur. En ce sens, l’autrice nous donne l’illusion de la vie. Les agents de la brigade quittent leur enveloppe de papier et s’installent à nos côtés, évoluant au fil du temps, des rencontres et des événements, à l’instar de tout être humain. Là réside une des vraies forces de ces romans.

      L’enquête en elle-même est étonnante. Il y a presque deux voire trois enquêtes en une : la première, vite pliée et classée, puis celle des recluses qui provoque des événements en cascade et qui met en scène des personnages truculents. J’ai aimé plonger avec les policiers au cœur du passé, remonter le temps, revenir à l’après guerre, aux orphelins, à la souffrance, à la rancœur, découvrir le fin mot de l’histoire et l’inexorable mort de ceux qui croisent la route de la recluse. J’ai aimé aussi voir Adamsberg en butte avec les événements, la logique. J’ai aimé le voir s’obstiner, poursuivre, creuser, recommencer. La métaphore avec Magellan et les explorations avortées, reprises est à ce titre intéressante, en plus d’ajouter encore un clin d’œil culturel, qui devient presque la signature des romans de Vargas.

       Comme toujours chez Fred Vargas, j’ai adoré la documentation qui sous-tend le livre : l’histoire des recluses (non pas les araignées cette fois, mais les femmes qui se condamnaient elles-mêmes à être enfermées), la partie analyse géologique, la partie scientifique sur les araignées… Tous ces éléments apportent du sel, nous enrichissent et enrichissent la narration. Cela donne une épaisseur certaine au livre et nous permet de nous laisser emporter, cela renforce l’adhésion et l’illusion romanesque. S’y s’ajoute une plume singulière, à la fois fluide et recherchée, piquée de beaux mots, de détails précis. Une langue qui donne à voir et à entendre les atermoiements du commissaire.

      Ainsi, vous l’aurez compris, je suis une fois de plus séduite. J’ai adoré ma plongée au sein de la bridage, dans l’univers vargassien. C’est un très joli roman policier, à la fois doux et cruel, au tempo singulier amorcé par le commissaire et où la noirceur de l’être humain se déploie sournoisement, tisse sa toile pour mieux frapper à la nuit tombée, un roman aux enquêteurs terriblement humains aussi.

 

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