La peau des anges, Michael Katz Krefeld.

La peau des anges, tome 1 : Thomas Ravnsholdt par Katz Krefeld       J’ai acheté ce roman il y a déjà quelques temps, j’avais été attirée, une fois de plus, par la couverture, et par ce titre un peu sibyllin. Il faut aussi reconnaître que les couvertures de la collection Babel noir / actes noirs ont un pouvoir d’attraction sur moi tout à fait indécent… Mais je ne me referai pas. Je plaide coupable et, en attendant, je ne boude pas mon plaisir!

       Trois fils parcourent le roman :  la découverte de cadavres de femme, abandonnés dans une casse automobile, corps décharnés à la blancheur d’albâtre, spectacle glaçant ; la descente aux enfers de Thomas dit « Ravn », un ancien inspecteur qui a sombré dans l’alcoolisme suite à un drame ; et la disparition d’une jeune femme qui va bientôt le sortir de sa torpeur. L’enjeu est de comprendre comment relier ces fils.

      J’ai tout d’abord été estomaquée par la vitesse avec laquelle j’ai été happée par l’histoire. Une fois le premier chapitre terminé, j’étais déjà ferrée et je n’avais qu’une hâte : poursuivre ma lecture! L’alternance des chapitres est d’une efficacité redoutable : nous en apprenons toujours un peu plus sur les protagonistes, mais jamais assez pour émousser notre intérêt. Notre soif de comprendre s’en trouve décuplée et les pages filent entre nos doigts. J’ai particulièrement aimé cette alternance pour deux raisons. Tout d’abord, les époques se mêlent entre passé et présent, ce qui permet d’inscrire le récit dans une historicité et de donner de la densité et du corps à l’histoire. Cela accroît la crédibilité puisque la multitude d’événements se déroule sur une large période. Ensuite, cela permet de découvrir peu à peu les différentes facettes des personnages, de les apprivoiser, en quelque sorte, tout en laissant une place de choix à chacun, avant de les réunir pour démêler l’inextricable pelote qui s’était formée. Ainsi, lorsque les fils se rejoignent, nous avons déjà une idée précise des êtres qui évoluent sous nos yeux si bien que nos amours et nos haines sont déjà bien ancrées. Nous pouvons donc frémir avec les uns, nous réjouir de la chute des autres.

     En outre, la plume est saisissante. Elle est sobre et limpide, sans fioriture, mais elle sait se faire sauvage et cruelle pour explorer les bas fonds et la perversité humaine. Elle ne cache pas les horreurs sous le voile de la pudeur, au contraire, elle les expose, sans vulgarité, sans chercher à faire sensation, dans leur vérité nue, dérangeante et choquante. Cette écriture m’a beaucoup plu : il n’y a rien de sensationnel, tout est très équilibré sans être édulcoré.

     La rythmique du récit est absolument parfaite à mon sens. Nous avons les informations au moment opportun, et lorsque nous parvenons enfin à faire les déductions qui s’imposent, nous sommes déjà glacés de ne pas avoir compris plus tôt. La chute du roman est brillante. Je ne l’ai pas vue venir pour la simple et bonne raison que l’auteur parvient à nous entraîner sur une fausse piste au dernier moment, avant de nous asséner le coup de grâce. J’en suis donc sortie totalement subjuguée par la plume et la construction, mais aussi pantelante face aux révélations. 

     Les personnages enfin sont particulièrement intéressants. Chacun d’entre eux a plusieurs facettes. L’auteur les a ciselés et chaque situation, chaque chapitre apporte une pierre à l’édifice. Aucun d’entre eux n’est monolithique – exception faite, peut-être de certains personnages secondaires qui apparaissent à de rares occasions. J’ai été très vite interpellée par Masja, jeune femme trop crédule, qui paye bien cher le prix de l’amour (ou de ce qu’elle prend pour de l’amour). Sa descente aux Enfers m’a terriblement émue, et j’attendais avec impatience les chapitres où j’allais la retrouver, espérant sans cesse que sa situation s’améliore. Force est de constater que l’auteur ne l’a pas épargnée, et en même temps, son destin fait aussi la force du roman. Son parcours est un des éléments clefs du récit, sans elle, tout s’écroulerait comme un château de cartes. Peu à peu, elle grandit, elle apprend, tour à tour détruite par les appétits humains et phénix qui se relève. Elle force notre respect et notre admiration. La deuxième figure clef reste Thomas Ravnsholdt, appelé « Ravn ». Il est touchant au milieu de sa détresse, mais aussi désespérant. Nous avons parfois envie de le secouer, et le lent suicide alcoolisé auquel il se prête nous désespère. J’ai aimé le voir évoluer, changer. C’est un homme brisé, déchu de son rôle d’enquêteur, mais qui se retrouve au fil des pages. Il est pugnace et courageux à l’excès, frôlant témérité et inconscience, il est surtout quelqu’un de bien que nous aimons voir se relever. Enfin, l’auteur dépeint avec un brio saisissant les bas-fonds, le monde presque parallèle des laissés-pour-compte, des malfrats, leurs points de rassemblement, les zones de non-droit où ils évoluent, l’horreur de la traite d’êtres humains, les jeux pervers pour maintenir la docilité des pauvres hères piégés dans cette toile d’araignée.

     Ainsi, je suis totalement conquise par La Peau des anges. Ce roman a tout : une rythmique implacable, des personnages ciselés qui ne laissent pas indifférents, le tout bercé par une poétique de l’horreur des bas-fonds. Nous sommes emportés dans un tourbillon qui nous laisse transis et captivés. C’est une lecture addictive pour laquelle j’ai eu un vrai coup de coeur. 

 

 

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