La Mémoire des murs, Tatiana de Rosnay.

       Le thème de mon club lecture du mois de mai : un roman de Tatiana de Rosnay. Thème parfait car c’est une autrice qui m’a beaucoup intriguée et je n’avais pas cédé à l’appel de Sentinelle de la pluie pour la simple raison que je craignais de céder aux sirènes de bookstagram au moment de sa sortie. Du coup, j’ai flâné en librairie, je les ai presque tous regardés et mon choix s’est porté sur La Mémoire des murs, un roman bref mais qui offrait de belles promesses.

       Fraîchement divorcée, Pascaline emménage dans un deux pièces rue Dambre, il correspond parfaitement à ce qu’elle recherche, mais bientôt, le malaise l’étreint. Elle apprend alors qu’un crime a eu lieu entre ces murs. Ce drame l’affecte profondément, fait resurgir le passé, et la voici sur les traces d’un tueur en série, une quête qui l’entraîne à la lisière de la folie.

      Ce court roman se dévore d’une traite en une après-midi. Nous sommes vite portés par l’écriture fluide, douce et limpide. Nous suivons le chemin de Pascaline, ses doutes, ses hésitations, sa descente aux Enfers aussi car il s’agit bien de cela.  La plume de l’autrice parvient à nous faire sentir la détresse, la souffrance d’une femme acculée entre souvenirs et présent douloureux. Bientôt, la réalité s’effrite autour de cette femme et elle recompose le monde sous nos yeux : sa vie, son passé. Elle se met à souffrir au diapason avec les mères qui ont perdu un enfant et s’associe à elles dans un élan d’empathie destructeur.

     Dire que j’ai été bouleversée par Pascaline serait faux. Bien entendu, elle est émouvante par mille et uns aspects : son empathie, son angoisse sourde qui enfle quoi qu’elle fasse, sa solitude prégnante et poisseuse, la douleur de l’Absence qui la dévore peu à peu, sans qu’elle s’en aperçoive… Tout cela fait cristalliser un personnage terriblement humain. C’est une femme dont les fêlures s’accroissent, dont les cicatrices se rouvrent pour l’emporter dans une ronde funeste.  La voir perdre pied et se déliter est une réelle épreuve, mais je me suis vite distanciée d’elle. D’une certaine façon, elle m’a désespérée moi aussi à refuser les mains tendues, les propositions d’aide, même si bien sûr, nous ne sommes pas toujours capables de le faire. Son chemin de croix m’est devenu pesant.

      Si la plume est belle et fluide, la teneur du récit m’a déçue. Je m’attendais à une forme d’enquête, une recherche pour comprendre ce qui avait laissé son empreinte dans l’appartement honni. Or, très vite, cette piste tourne court. Le tueur est connu, arrêté, emprisonné. L’ensemble du roman sert donc à montrer comment Pascaline digère l’information, gère sa sensibilité, et remonte les traces de son propre passé pour aller aux sources de cette même sensibilité, avant d’entamer un pèlerinage aussi douloureux qu’inefficace. Pascaline s’enfonce toujours un peu plus, générant un pathos qui m’a mise mal à l’aise. Nous avons donc un parcours humain, qui n’est pas dénué d’intérêt bien sûr, mais qui ne m’a pas emportée parce que j’attendais un petit plus.

      Par contre, la chute du roman est parfaite. Inattendue et pourtant logique au terme du cheminement de l’héroïne, elle est tout bonnement glaçante, et ce d’autant plus que l’autrice fait tomber un voile pudique sur les événements. Notre imagination fonctionne donc à plein et nous laisse entrevoir toute l’horreur à venir. Nous savons sans l’ombre d’un doute comment se finit le livre, sans pour autant qu’on nous le dise : la grande force de ce court récit réside là, je pense.

       Ainsi,  La Mémoire des murs est une lecture agréable et efficace mais je ne suis pas conquise. Un fois le livre refermé, la déception l’emporte sur l’écriture impeccable et sur la chute brillante. 

 

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