La Cage dorée, Camilla Läckberg.

La cage dorée, tome 1 : La vengeance d'une femme est douce et impitoyable par Läckberg      Ce nouveau Camilla Läckerg était plus qu’attendu chez moi, la preuve : deux exemplaires ont rejoint la famille dès le jour de sa sortie. Ni ma mère, ni moi n’étions prête à attendre que l’autre le termine…

      La Cage dorée est un nouvel opus, un page blanche pour l’autrice, pas d’Ericka ou de Patrick Hedström, mais un environnement connu : Fjällbacka, Stockholm, la Suède. Faye est une jeune femme de la haute société, mariée à un magnat de la finance, elle savoure une vie luxueuse, oisive, jusqu’au jour où tout s’écroule. Humiliée, répudiée, foulée aux pieds, Faye devra se relever, renaître de ses cendres et renouer aussi avec un passé terrible qui l’a façonnée. La vengeance est implacable.

Autant le dire tout de suite, le début de ce roman est déroutant. Je me suis habituée à Ericka, à son caractère, à sa manière d’agir et découvrir Faye a été un saut vers l’inconnu. La langue et la plume de l’autrice se sont modifiées, infléchies pour façonner un nouvel être, une femme différente, avec ses failles et ses forces. La parole se fait plus crue, plus verte, la sexualité plus brutale et crue aussi. Le vernis policé, la métaphore, le voile pudique, rien de tout cela ne se trouve dans ce roman. Et certains personnages, comme Chris n’ont rien à envier aux personnages de Sex and the City. J’ai presque eu peur de détester au début, c’est vous dire… Dans la première partie, Faye est plus mondaine, plus superficielle que ne l’était la précédente héroïne, plus effacée aussi, étonnamment. Et certaines scènes  de sexe m’ont dérangée, quelques unes placées au début de l’oeuvre, tout particulièrement. C’est donc avec appréhension que j’ai plongé dans le roman. Et, peu à peu, je me suis laissée embarquer, emportée par la vague des événements, les pages ont fondu entre mes doigts comme neige au soleil, si bien que j’ai lu l’intégralité du roman en une journée, presque sans m’en rendre compte !

         Ce récit est particulièrement structuré et rythmé. Du monde présent de Faye, deux axes se détachent, comme deux pans dans une vie : illusions et espoirs / désillusions et reconstruction. Et voilà bien le parcours qui l’attend. Nous avons donc deux Faye qui apparaissent également, si bien que l’ambiance et la cadence du livre se modifient imperceptiblement pour notre plus grand plaisir. Et comme toujours chez l’autrice, le récit oscille entre passé et présent : certains chapitres entrecoupent l’histoire et nous présentent l’héroïne, enfant, par touches, bribes d’un passé que nous devinons terrible et que nous n’appréhendons pleinement qu’à la toute fin. Cela permet d’entretenir le suspense, à la fois concernant l’avenir de Faye, mais aussi concernant son passé et les cicatrices qui font d’elle ce qu’elle est. Je dois avouer que je suis tout particulièrement fan de ce montage romanesque.

     Avec un peu de recul sur l’oeuvre et passé la surprise de découvrir cet univers nouveau, j’ai adoré le personnage de Chris. Femme forte, entière, sans filtre, indépendante et libre, elle vit sans se soucier des contraintes, elle dit les choses sans détour, simplement et sans se soucier des pots cassées. Si elle est moins policée, elle est pour autant l’une des femmes les plus vraies de ce roman. Amie au soutien sans faille, d’une lucidité sans borne et d’un amour intangible, elle est le roc que nous souhaiterions toutes avoir en amitié. Son destin m’a émue aux larmes, signe que je me suis totalement immergée dans l’oeuvre.

      Faye bien entendu est la pierre angulaire du roman, associé à Jack son mari. Jack, l’homme détestable, le mari égocentrique, imbu de lui-même, méprisant et finalement méprisable. Il s’est attiré en un temps record mes foudres! De même, j’ai très vite eu envie de secouer Faye, qu’elle prenne conscience de tout ce qu’elle acceptait, de ce qu’elle était face à cet homme. Finalement, elle n’était plus que la femme de Jack, elle avait renoncé à son individualité, à tout ce que faisait d’elle ce qu’elle est pour un mirage, pour une illusion scintillante. Je l’ai vue avec désespoir s’humilier, s’avilir, puis j’ai jubilé de la voir renaître de ses cendres, immoler sa cage dorée et faire table rase du passé pour renouer avec son vrai Moi, un Moi parfois glaçant à la détermination froide. J’ai aimé la femme implacable, forte, puissante qu’elle est redevenue sous nos yeux. Alors, oui, sa manière d’agir dépasse bien souvent le cadre de la morale, de l’éthique et de l’acceptable, mais quelle jubilation de la voir faire ce que nous nous interdirions en pareil cas, de la voir balayer ses ennemis, et, dans une conquête rageuse en écraser certains, tout en en aidant d’autres à s’émanciper! Nous assistons à une reconquête de soi, poussée ici à son paroxysme, et nous renouons avec la violence des passions du théâtre classique, sorte d’hybris libératrice. Faye est donc un personnage réellement intéressant. Elle cristallise à elle seule des siècles d’une féminité soumise à l’époux, des siècles de préjugés selon lesquels il faut plier le cou avec humilité face à l’adversité et accepter la défaite avec résignation, sans faire de vague. Elle symbolise aussi la revanche triomphante, douloureuse certes, mais éclatante. Il s’agit là d’une femme d’une vraie complexité et le plaisir de lire est intrinsèquement lié à son évolution et aux révélations sur son passé. Vous l’aurez compris, je me suis beaucoup attachée à elle, et, même si je suis la première à reconnaître que la voie choisie est discutable, j’ai trinqué à sa réussite.

       De la chute, je ne dirai pas grand chose sinon qu’elle est savoureuse, et que, même si j’avais pressenti quelques éléments, elle m’a réjouie.

      Ainsi, La Cage dorée ouvre la voie à une autre écriture, une autre plume chez Camilla Läckberg, un renouveau déroutant et passionnant, de nouveaux codes à intégrer, de nouvelles personnalités à aimer, et pour ma part, je suis conquise. C’est un roman différent mais jubilatoire et délectable, une gourmandise aux saveurs inédites dont je redemande. 

         Pour la petite histoire, ma mère l’a également terminé, nous l’avons toutes deux dévoré. Deux jours pour elle, un seul pour moi. La migration de nos exemplaires au sein de la famille a commencé! Preuve à l’appui. 🙂

Des exemplaires jumeaux, comme un miroir, et deux lectures pour un ressenti analogue. Une couverture d’autant plus glaçante lorsque nous connaissons pleinement Faye.

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