Le Visiteur de brume, Jean-Paul Pellaton.

Résultat de recherche d'images pour "le visiteur de brume pellaton"      Ce petit roman m’a été offert et envoyé depuis la Suisse par une autre lectrice. N’hésitez pas à visiter son instagram – ici – et son blog Le Nez dans les Livres. J’étais tombée en admiration devant ce titre mystérieux et poétique. Alors, devant une telle gentillesse, je n’ai pas tardé à le sortir de ma PAL pour le lire et le partager à mon tour.

     Le Visiteur de brume retrace l’histoire d’un couple qui, un jour, reçoit une visite. C’est un ancien ami de l’homme, et, l’air de rien, Baud s’invite sous un prétexte flou. Il reste, gênant  Marianne et Laurent par mille petits riens avant de finalement se confier…

      Ce roman se lit très vite, non que l’on soit emporté par une action trépidante mais parce que la plume est claire, elle nous relate de manière simple, épurée, un cahot de l’existence de Laurent et Marianne, une anicroche anodine, au départ, mais dont nous mesurons peu à peu l’ampleur. Baud arrive, demande l’hospitalité et s’installe.

      Paradoxalement, ce personnage effacé, qui essaie de faire oublier sa présence, devient de plus en plus retentissant dans le silence d’un appartement que la discorde gangrène peu à peu. Jean- Paul Pellaton nous raconte en effet l’effritement d’un couple rongé par la présence obséquieuse, intrusive d’un ami qui n’en est pas vraiment un. Très vite, le lecteur, à l’image de Marianne, s’agace des préciosités de Baud, de son manque de franchise et des contours un peu flous de toutes ses actions. La loyauté de Laurent, qui reste à cheval sur les conventions, nous agace, et en un instant, nous voyons apparaître la fissure.

      En effet, l’éloignement du couple transparaît dans les actes et les postures, de manière implicite, sans avoir jamais besoin d’être verbalisé : Marianne, fermée, sur le canapé, Marianne, qui est allée se coucher sans attendre son mari, Marianne agressive et parfois ironique face à un époux bien trop concerné par Baud et ses soucis. Laurent quant à lui apparaît comme le pantin de cette histoire, il semble ne pas voir le drame qui se joue et reste déchiré entre sa femme et sa volonté d’aider, désir qui le mine et l’entraîne vers l’abîme.

      Baud est bien entendu une figure clef de ce roman. L’auteur fait exister cet être inconsistant, il donne des contours à un personnage fuyant, dont la seule force est de s’appuyer sur les autres en une fuite qu’il est incapable de mener jusqu’au bout. Cet homme dérange. Il agace. Son ambivalence gêne. A la fois victime écrasé par sa femme, et sangsue accrochée à Laurent, il se laisse ballotter par le destin, sans se jeter dans la mêlée. Il use et abuse des autres à sa guise, déguisant sous la reconnaissance son manque d’empathie, car Baud ne se soucie pas vraiment des autres. Sa femme et Berthe sont par ailleurs tout aussi crispantes. Les relations entre ces trois là ne sont pas claires, elles semblent presque malsaines. Ce trio frustre détonne et n’épargne personne. Laurent est une fois de plus en butte avec les désirs des autres, et ne sait sur quel pied danser. Il se fait happer par ce trio et devient toujours davantage cette marionnette qui consumera son couple.

      Ce roman est étonnant. A la fois beau et simple, il déploie une vraie poétique du quotidien. La langue sait s’effacer derrière les drames du quotidien, les petites lâchetés, les petits mensonges proférés pour ne pas avoir à s’expliquer, pour garder une paix illusoire que ronge l’absence de communication vraie. Elle sait être douce et poétique par moments, et, par des images, donner à entendre la vie qui se fissure, qui se lézarde et qui craque, à l’instar de la chute du roman qui ne dupe finalement que Laurent.

      Je suis donc séduite par ce petit roman qui a été une bulle agréable au milieu des thrillers et des récits young adult. Le langage est ici évocateur d’un drame que personne ne voit et donne consistance à des êtres dont la reconnaissance devient poisseuse et colle au lecteur autant qu’aux personnages. C’est une très jolie lecture! 

2 réponses sur « Le Visiteur de brume, Jean-Paul Pellaton. »

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