Identités, C. Sizel

Identités par Sizel       Identités était dans ma PAL depuis le salon du livre de Paris, oui, presque un an, et si j’ai eu mille fois envie de l’en sortir, cela ne s’était pas fait… jusqu’à maintenant. Alors, je ne sais pas si je dois le regretter ou m’en réjouir, toujours est-il que cela sera mon premier coup de cœur de l’année 2019, et je le savoure comme il se doit.

      Pour vous parler du contenu, sans spoiler, je resterai vague, à dessein : la société telle que nous la connaissons s’est effondrée. Les gangs se disputent le pouvoir et pour la plupart des gens, la vie n’est plus qu’une survie. Ne pas se faire remarquer, être invisible ou bien payer le prix et s’adapter, voilà ce que Lia va apprendre…

       Tout d’abord, j’ai été conquise dès les premières lignes : en peu de mots, l’autrice parvient à faire cristalliser ce monde en ruine, sauvage, brutal et à faire exister l’urgence, la survie, le combat de chaque jour. Lia nous apparaît très vite comme LA figure clef de l’oeuvre, et je m’y suis attachée en un temps record! Cette jeune femme essaie de garder son indépendance dans un monde où les droits n’existent plus et où être une femme équivaut à un handicap supplémentaire. La peur à ses trousses en permanence, elle affronte avec un courage rare les coups du destin, apprenant à s’adapter, à faire avec, à rebondir pour avancer au lieu de se lamenter. Nous avons ici une héroïne d’une rare profondeur : elle est forte sans être monolithique, elle est courageuse sans être inconsciente, elle souffre mais apprend à vivre avec sa souffrance, à la dépasser pour en faire un moteur et non un frein. Comme le roseau, elle plie pour ne pas casser, elle encaisse les coups, les injustices, garde son franc parler, mais rejette tout misérabilisme. En cela nous avons ici un personnage précieux, doté d’une force de vie rare et qui attire à elle, bien sûr, beaucoup d’autres personnages, mais surtout qui force l’admiration du lecteur. De page en page, je me suis sentie plus proche d’elle, étrangement, je ne l’ai pas plainte, pas vraiment, parce que le personnage n’attire pas ce genre de réflexion, je me suis mise eu diapason avec elle et j’ai espéré de manière diffuse, avec elle, des jours meilleurs.

       Alors, il est vrai que Sizel ne gâte pas son héroïne, mais finalement, la vie ne nous gâte pas non plus. L’autrice a par ailleurs compensé – pour ainsi dire- en plaçant sur le chemin de Lia des personnes tout aussi précieuses qu’elle : Vieux Loup de Mer ne manque pas de m’arracher un sourire à chacune de ses apparitions, Ludwig et Léo sont tous deux attendrissants et chaleureux (quand on les connaît!), Doc et Light sont eux aussi des aides précieuses… et d’autres que je ne citerai pas pour que vous gardiez le sel de la première rencontre et des renversements de situation. Ce qu’il faut retenir dans ce roman, c’est que les personnages clefs sont fouillés, facettés et qu’ils évoluent au gré des événements et des contraintes, déployant alors une vie véritable sous nos yeux. Rien de caricatural donc.

      Je l’ai effleuré plus haut, mais je le redis, l’univers créé est particulièrement intéressant et sous-tend l’histoire de Lia avec une rare cohérence. Récit d’un monde en ruine, d’un monde déchiré par les combats où chaque innovation technologique a pour but de l’emporter sur le voisin… Tout cela amène logiquement la part de science fiction qui innerve le roman : les manipulations génétiques, les transformations du corps humain. Et, une fois encore, rien n’est écrit pour faire sensationnel, tout a un sens et contribue à l’économie d’ensemble du roman. C’est ainsi que le récit se déploie sous nos yeux avec une fluidité étonnante, alternant des moments d’actions intenses et des temps plus calmes, préparant la suite.

        Comme vous vous en doutez, arrivé à ce stade de la chronique, je suis conquise par le plume de Sizel. Si elle est épique par moments, fluide, le plus souvent,  elle sait surtout se faire pudique dans les moments clefs, décuplant ainsi les émotions, à l’instar de la chute du roman que j’ai relue deux fois tant elle m’avait émue! D’ailleurs, je ne peux que savourer le dernier clin d’œil de l’autrice à ses lecteurs : si le sens profond du titre nous apparaît assez vite, nous ne comprenons vraiment le prologue qu’à la lumière de l’épilogue et cette boucle constitue le point d’orgue de la lecture, à mon sens, nous approchant encore un peu plus de Lia alors même que nous la quittons.

       Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps, ce roman est une merveilleuse pépite! Il a tout pour lui : l’univers, les personnages, les rebondissements avec toujours ce sens de la mesure et de l’équilibre qui lui permet de nous toucher en plein cœur par sa justesse. J’en sors époustouflée ! 

 

4 réponses sur « Identités, C. Sizel »

  1. Oh là là. Ta chronique me touche beaucoup et je suis contente que Lia ait réussi à t’évoquer toute ces choses. Merci beaucoup pour ton intérêt et les jolis mots que tu as posé sur ton ressenti.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s