Les Corps de verre, Mélancolie noire, Erik Axl Sund.

Mélancolie noire, tome 1 : Les corps de verre par Sund       Le titre de ce roman m’a interpellée, « Les corps de verre », fragilité du corps, brisure de l’esprit, nous pourrions beaucoup gloser sur ce que ce titre nous évoque. Pour ma part, je le trouvais poétiquement glaçant et l’image, porcelaine de veillée funèbre, n’avait rien pour me contredire. Une fois de plus, je me suis laissée porter par la magie d’un titre et d’une couverture.

     Pour vous dire quelques mots de l’intrigue : une vague de suicides parcourt la Suède, des suicides étranges, brutaux, sordides et les enquêteurs retrouvent sur les lieux des cassettes audio. Les bandes son sont toujours différentes, leur longueur varie, mais la mélodie est dissonante, grinçante, douloureuse ou crispante. L’artiste qui les produit semble inconnu… L’enquêteur, Hurtig, aborde ces suicides avec précaution et ne les pense pas dus au hasard. En même temps, cela éveille chez lui de douloureux souvenirs.

        Bien entendu, la vague de suicide qui défraie la chronique n’est pas la seule énigme à laquelle se heurtent nos policiers, et bientôt des meurtres brutaux apparaissent. Et si les deux enquêtes étaient liées ? Et si les personnages en apparence inoffensifs étaient les plus dangereux ? Que risquent vraiment les enquêteurs ? Et que faire de ces  jeunes en rupture et de ces adolescents en proie au mal être qui s’adressent à ce mystérieux Hunger pour obtenir une musique unique? Une multitude de questions assaillent lecteurs et policiers.

     Voici un roman policier vraiment sombre, qui agit comme une plongée au cœur des instincts violents de l’homme : violence contre soi-même, violence contre les autres. Le lecteur n’en sort pas tout à fait indemne. Bien que j’adore les romans policiers sombres et durs, celui-ci m’a laissée une sensation dérangeante et diffuse. C’est donc un avis mitigé que je vous livrerai ici. Je ne l’ai pas détesté, mais par certains aspects, il m’a mise très mal à l’aise. Il faut reconnaître que le thème, et la manière dont il est développé y contribuent grandement en entraînant le lecteur dans le mal être des personnages. En cela, il est certain qu’il y a un certain brio dans la narration. Savoir pourquoi cela m’a déclenché des sueurs froides et un sentiment de répulsion plutôt de que me bluffer est un tout autre débat, question de sensibilité peut-être… Je ne saurais le dire précisément et c’est d’ailleurs assez frustrant, en fait!

       Parallèlement à l’enquête, nous suivons la vie de plusieurs personnages : Aiman, jeune femme étonnante qui a un œil étrangement abîmé, Vanja, une jeune fille suicidaire qui participe à un groupe et côtoie Aiman, Simon et Øystein, deux jeunes aux vies torturées. Les amis de l’enquêteur Hurtig complètent le tableau : Isaak notamment, artiste génial, personnage en apparence anodin, mais qui se révélera par la suite déterminant. Les êtres qui peuplent ce roman semblent tous faits de verre, funambules fragiles sur le fil d’un destin cruel ou douloureux, ils vaquent à leurs occupations, vacillent, se remettent d’aplomb in extremis ou chutent inexorablement au fil des pages, obscurcissant encore notre lecture du voile sombre de la tragédie. Et cette absence de lueur d’espoir, qui colle magnifiquement au thème du roman, a sans doute aussi joué dans ma réception de l’oeuvre, m’emmenant moi aussi sur des chemins obscurs dans lesquels mon petit cœur de lectrice s’est embourbé.

      Si je ne devais choisir qu’un seul de ces personnages, ce serait Aiman, dont le parcours a touché une corde sensible en moi et que je vous laisse le soin de découvrir à votre tour. Son acceptation des coups du sort, son courage stoïque forcent le respect du lecteur.

     Ainsi, ce roman plonge le lecteur au cœur de l’âme humaine torturée, au plus profond du mal être. Il évoque les affres de la jalousie, de l’amour, de la souffrance qui dévore et consume le cœur et l’âme. Il parle de manière crue du malaise ressenti par des adolescents, la violence s’immisce donc entre les pages et tisse sa toile lentement et sûrement. Enfin, grâce à leur plume, les auteurs parviennent à rendre ce sentiment de mal être, à nous immerger dedans, si bien qu’il m’a collé à la peau pendant plusieurs heures et c’est sans doute ce qui m’a gênée.

       Les Corps de verre est donc un très bon roman policier, l’atmosphère et les destins que nous y croisons sont absolument parfaits par rapport au thème, mais il n’était pas fait pour moi. Malgré ses belles qualités, j’en suis sortie interdite et éprise d’un furieux besoin de bruit, de gaieté et de vie. Peut-être était-ce là le but escompté, d’ailleurs, je ne le saurai jamais.

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