Le Clairvoyage, Anne Fakhouri.

Résultat de recherche d'images pour "le clairvoyage"     Le titre de ce petit roman m’a intriguée dès que mes yeux se sont posés dessus, et comme l’héroïne, j’ai corrigé ce que je lisais en « clairvoyance », mais non, c’est bien « clairvovage ». Un bien étrange mot qui m’a finalement séduite. J’ai intégré ce roman dans la catégorie Clochette, Grimoire et Chandelle du menu Automne enchanteur pour mon Pumpkin Autumn Challenge.

     Pour vous dire quelques mots de l’intrigue : Clara est confiée à un oncle qu’elle ne connaît que très peu, après la tragique disparition de ses parents. Elle découvre des gens excentriques, tous plus bizarres les uns que les autres et les apparences ne l’aident pas à savoir à qui elle peut se fier… Ainsi, elle devient bientôt le centre d’une rivalité et d’un combat qui la dépassent entre monde des fées et monde des hommes : la question est de savoir comment elle réagira.

     Tout d’abord, Le Clairvoyage était parfait pour la catégorie Clochette, Grimoire et Chandelle. Le Petit Peuple, les Changelins, les fées, les banshies, les fantômes, les Sirènes… Tout y prend place dans un mélange étonnant et fantasque. Le lecteur, comme Clara ne sait plus à qui se fier, ni sur quel pied danser. Tel personnage qui paraît à proprement parler fou a peut-être plus sa raison qu’un autre, tel allié peut se révéler être un excellent menteur et le pire ennemi possible!  Les fées d’ordinaire si gentilles dans les contes pour enfants se parent de ruse, de facéties et s’enrichissent de querelles. Nous retrouvons un aspect plus adulte de ce monde féerique, moins niais finalement, et ça fait du bien. Les fées sont ici parfois menteuses, parfois revanchardes, animées d’intentions mauvaises ou bonnes selon les cas. Les Sirènes retrouvent leur acception plus inquiétante : des femmes charmeuses qui mènent les hommes à leur perte, telle la Loreleï de Heinrich Heine.

    J’ai apprécié cette densité littéraire, qui nous plonge au cœur d’une culture intériorisée, maîtrisée et retravaillée pour en faire un roman échevelé, fantasque, étonnant et prenant. L’allusion visible aux Sirènes grecques et à la Lorelei s’enrichit du clin d’œil à Shakespeare – avec la reine des fées Titania, que nous retrouvons dans Le Songe d’une nuit d’été,- et sans doute également d’un lien ténu avec Alice au Pays des merveilles, le thé revêtant une importance tout à fait étonnante dans l’oeuvre. Tous ces éléments sont autant de petits cailloux blancs semés sur le chemin d’un lecteur devenu Petit Poucet, décryptant et savourant chaque allusion tout en profitant de l’avancée du récit.

     Ce roman reste une énigme pour moi : comme Clara, je me suis trouvée précipitée dans un univers dont je ne comprenais ni les règles ni la logique. Tout me paraissait étrange, étonnant, grinçant et glaçant aussi parfois… Et j’ai apprécié cette multitude d’émotions. J’ai aimé trembler face à la banshie, j’ai aimé m’amuser des discordes des lutins, j’ai aimé m’inquiéter de cette tante fantomatique et de ce chat inquiétant, avant de savourer le jeu de mot lié à son nom. J’ai frissonné devant l’inquiétante maison d’Antoine que j’avais – par ailleurs – renoncé à vraiment comprendre… Et finalement, bien que perdue et décontenancée, je n’ai jamais songé une seconde à arrêter ma lecture. Mue par une force puissante, j’ai lu, lu et avancé avec Clara, me suis étonnée avec elle, et je me suis lancée avec elle corps et âme dans l’aventure. Je crois réellement que le bonheur de ce livre réside là-dedans. Nous plonger au plus près de l’état du personnage, nous pousser à nous interroger sans engendrer la moindre répulsion. Sacrée performance qui est bien entendue liée à la plume de l’autrice claire, nette, fluide. Le récit s’écoule sous yeux et les pages filent sans que nous ne nous en apercevions !

     Si Clara m’a bien évidemment plu, je suis aussi séduite par Antoine, cet oncle qui est un doux rêveur, Gauvain est un personnage intéressant lui aussi et… Bébé – ou plutôt Elisabeth- me fascine désormais, de personnage spectral, elle devient centrale. Je dois dire que ce renversement est particulièrement intéressant et m’attire déjà vers la suite. Nul doute que le deuxième tome sera riche en aventures, en rebondissements et en révélations! Mon bémol serait là : ce premier tome ne résout pas grand chose… Si je veux avoir le fin mot de tout cela, me voilà obligée d’embarquer aux côtés des héros et de traverser la Brume des jours, à mes risques et périls… Néanmoins, trop de choses sont restées en suspens pour que je puisse résister bien longtemps.

      Je suis donc enchantée de ma lecture. Le Clairvoyage est un petit bijou d’intelligence et d’originalité. J’ai aimé être ballottée comme Clara au gré d’événements qui me dépassaient, être plongée dans un monde de féerie et de fantaisie et découvrir au détour d’une page une référence culturelle apportant saveur et densité au texte. Un roman haut en couleurs! 

 

2 réponses sur « Le Clairvoyage, Anne Fakhouri. »

  1. Ah ce petit livre avait été une très belle découverte pour moi aussi. Étonnant comme l’auteur a su susciter mon intérêt d’adulte avec son livre jeunesse original et bien écrit. Je n’ai pas encore réussi à mettre la main sur le tome 2 mais comme tu le dis nous sommes obligées de nous y laisser embarquer. 😊

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