Les Temps sauvages, de Ian Manook.

Les temps sauvages par Manook     Ce thriller était dans ma PAL depuis longtemps, je l’ai donc sorti à la faveur de l’été. Températures caniculaires…. et un aller simple vers les steppes enneigées. Timing parfait!

      Dans les steppes, le vent et le froid mordent le promeneur solitaire. Deux corps sont trouvés : un cavalier écrasé sous un yack et un étrange alpiniste. Deux enquêtes distinctes a priori. Oyun et Yeruldelgger enquêtent l’un et l’autre. Mais si, finalement, ces morts n’étaient que la face émergée d’un immense iceberg, manquant de faire naufrager nos personnages?

      Le roman commence immédiatement avec la découverte au milieu des steppes de cadavres (l’un plus évident à trouver que l’autre d’ailleurs), sur l’aspect étrange de ces crimes, presque incompréhensible. Le lecteur est donc entraîné dans une enquête longue et fastidieuse, où les policiers pataugent, peinent et s’agacent. Il faut dire que de nombreuses personnes agissent dans l’ombre et leur mettent des bâtons dans les roues. L’auteur parvient ici à ciseler un thriller d’une grande complexité. L’intrigue en devient opaque, ramassée et le foisonnement de personnages – de différents pays, de différentes instances gouvernementales et / ou criminelles / militaires…- ajoute un degré de difficulté supplémentaire. Rien de simple ou d’évident. Le lecteur ne peut en aucune façon imaginer, trouver l’assassin ou la cause du meurtre, il est obligé d’emprunter les mêmes chemins de traverse que les enquêteurs, glacé jusqu’aux os par l’atmosphère et par les éléments mis au jour.

     Le roman aborde de fait toute une série d’éléments : corruption de militaires, privilèges des uns, exécution des autres, guerre des polices, manipulation, mafia, trafic d’êtres humains, passeurs et rêves d’ailleurs grâce à Ganshu et Gantulga. Mais d’autres problématiques apparaissent aussi en ligne de fond : les drames individuels liés à nos héros. Reconstruction après un viol (même si pour le coup, je ne suis pas complètement convaincue par la rapidité dans l’enchaînement des actions pour Oyun), relation avec la famille, quête personnelle, fatigue face au monde et ses horreurs… Beaucoup d’éléments très sombres côtoient aussi l’Ailleurs et ses coutumes, car le livre nous fait aussi voyager. Les descriptions des paysages, des traditions, des repas sont très présentes et s’infiltrent dans le récit au gré des pérégrinations des héros.  Les Temps sauvages est donc une oeuvre complète qui nous immerge dans un autre monde, une autre culture tout en présentant l’Homme et son rapport au monde.

     Petit aparté nécessaire : j’ai adoré la manière dont Ian Manook glisse des références littéraires dans la bouche de certains de ses personnages sans que cela ne fasse l’effet d’une pièce rapportée. Cela dénote d’un réel talent pour ciseler le caractère de chacun : le manipulateur froid et cruel, le lettré un peu en dehors des réalités, l’enquêteur fatigué, bref, Zarza, Yeruldelgger, Oyun, Erdenbat, Armen… Chaque personnage clef dans cette enquête a un éclat propre que nous sommes libres d’aimer ou pas, d’ailleurs.

     Par contre, ce foisonnement, cette richesse inhérente à l’oeuvre est aussi un de ses points faibles. A partir de la moitié de ma lecture, j’ai ressenti des temps creux, des moments où finalement, j’étais perdue dans ces rebondissements dont je ne sentais pas la logique. Il m’a fallu du temps pour relier les fils, mais aussi pour relier certains personnages entre eux et percevoir la cohérence d’ensemble. J’ai trouvé ça dommage car certains moments ont donc été un peu indigestes. De fait, le travail d’Oyun et de Yeruldelgger va au-delà de l’enquête qu’ils avaient commencée et c’est aussi l’heure de règlements de compte et d’affrontements. En cela, j’ai vraiment regretté de ne pas avoir lu auparavant le premier tome –Yeruldelgger – parce que je crois sincèrement que j’aurais été un peu moins perdue et  moins désarçonnée face à ce virage dans le roman.

     Ainsi, Les Temps sauvages est un bon thriller. Il est dense et donne à voir des coutumes et des hommes sous l’enquête, mais ma lecture a parfois été freinée. Je lirai avec plaisir le premier opus afin de voir si effectivement les entraves senties au cours de la lecture venaient de références manquantes. 

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