
Je ne connais absolument pas Meg Keneally, en revanche, la thématique de ce livre m’a immédiatement intriguée. C’est un roman inspiré – librement certes, mais inspiré malgré tout- de la vie de Mary Reibey dont je n’avais jamais entendu parler avant cela. Je l’ai découvert avec bonheur, en lecture commune avec mon amie Clémence du blog YouCanRead.
Le roman début en Angleterre, en 1789. Molly est une jeune domestique de 14 ans, condamnée à mort pour avoir volé un cheval. Sa peine est finalement commuée en un bannissement dans une colonie. Bien des années plus tard, elle est une citoyenne respectée, libre, et influente. Avec son mari, elle réussira à bâtir une entreprise florissante.
Tout d’abord, je dois dire que j’ai adoré la plume de Meg Keneally. Elle donne vie à Molly de façon savoureuse. Nous voyons la jeune fille têtue, déterminée, un peu indocile aussi évoluer, faire des choix, les regretter, essayer d’avancer. Les mots donnent vie à cette demoiselle et insufflent une véritable fraîcheur, ce qui est paradoxal parfois, compte tenu des réalités évoquées. Le lecteur est emporté aux côtés d’une héroïne attachante et fougueuse, et comme elle, nous en venons à vivre milles aventures en l’espace de quelques centaines de pages.
Meg Keneally décrit avec précision ce que la société de l’époque attend d’une jeune fille et les difficultés auxquelles sont confrontées celles qui ne rentrent pas dans les clous. Elle donne aussi à voir la concupiscence des hommes qui tendent à exercer leur pouvoir sur les femmes pour les posséder, sans se soucier ensuite du regard que la société jettera sur ces femmes. La prison et son horreur, ses turpitudes, les bassesses de ceux qui sont déjà bien bas sont aussi évoquées : l’autrice n’hésite pas à montrer la lie de l’humanité, mais aussi ceux qui au milieu de l’horreur se montrent encore humains. A chaque étape de la vie de Molly, elle est confrontée au meilleur comme au pire : des personnes aidantes, qui la soutiennent et reconnaissent sa valeur ; des envieux qui veulent sa perte ; des manipulateurs qui essaient de sauver leur vie ou d’exercer leur maigre pouvoir en enfonçant plus faible qu’eux.
Ce qui est saisissant, c’est la vivacité d’esprit et la lucidité de Molly. Contre vents et marées, elle fait ce qu’elle pense être le mieux, pour survivre. Elle survit à la prison, elle accepte ce qui lui arrive, elle survit au voyage, elle apprend à agir de façon à être respectée et à pouvoir rebondir. Une fois dans les colonies, elle fait de son mieux pour s’acheter la paix : un travail digne, purger sa peine, construire quelque chose. Elle a, à chaque fois, la bonne idée, elle sait faire mouche même si elle peine parfois à tenir sa langue. C’est aussi ce qui la rend attachante : elle est entière, authentique, chaleureuse avec ceux qu’elle aime, inflexible avec ceux qui veulent se jouer d’elle.
Ce roman est une fresque historique puisqu’il évoque l’arrivée de colons – forçats- et d’aventuriers dans les colonies, dans des lieux où ils ont tout à bâtir. Pour autant, la réalité des choses n’est pas entièrement passée sous silence, nous n’avons pas ici une fresque baignée de bons sentiments (même s’il y en a aussi!) : Meg Keneally évoque aussi les autochtones chassés des terres que le gouverneur distribue à coup de largesses, elle évoque les tensions entre ceux qui sont arrivés libres et les anciens forçats, elle évoque la violence de certains anciens déportés, les ravages de l’alcoolisme aussi. Cependant, pour un couple comme Molly et son mari Angus, déterminés, volontaires et pleins de ressources, c’est aussi un monde qui offre des perspectives insoupçonnées. Molly se fabrique donc son destin, par son travail acharné et force notre respect.
Ainsi, j’ai passé un excellent moment avec Free. J’ai été touchée par ce destin de femme, j’ai été emportée dans le tourbillon de ses aventures, glacée par les obstacles qu’elle a connus et les horreurs qu’elle a dû affronter, j’ai jubilé avec elle lorsqu’enfin le destin l’a favorisée. Ce roman est porté par un souffle d’aventure, par la chaleur humaine que dégage Molly. Il a réellement tout pour lui, en plus de permettre de découvrir un destin véritablement hors normes : sans lui, je ne sais pas si je me serais documentée sur Mary Reibey, et pourtant, cela aurait été fort dommage.