Petit, Les Ogres dieux, tome 1, Bertrand Gatignol et Hubert.

Cette Bande dessinée, je l’ai beaucoup vue passer sur les réseaux sociaux, et elle m’intriguait beaucoup. En tant que livre, je trouve que c’est un bel objet, un peu comme Peau d’homme de Hubert et Zanzim. Alors, je me suis fait un petit plaisir et je me suis offert ce premier volume, histoire de voir ce que ça donne.

Petit, c’est le récit d’une vie hors norme. Ce garçon est le dernier né d’une lignée d’ogres sanguinaires, dévoreurs de chair humaine. La lignée s’est abâtardie par les mariages consanguins, elle s’est aussi montrée au fil des siècles de plus en plus cruelle et monstrueuse. Ce dernier né est légèrement plus grand qu’un humain, mais infiniment moins que son père ou sa mère. Il est rejeté de l’un, protégé par l’autre qui voit en lui un espoir de renouveau.

Cette bande dessinée est déroutante car elle alterne les passages de bande dessinée classique et des passages de récit qui reviennent sur les ancêtres de Petit. A ce moment là, le livre prend les accents du conte et nous livre peu à peu toute une mythologie et tout un univers. Nous découvrons le Fondateur – celui qui a fondé cette lignée terrifiante de géant – nous découvrons Desdée la géante humaniste, incomprise des siens, incomprise des Hommes qui se sont peu à peu détournés d’elle avant de la railler. Nous découvrons aussi la mère de Petit, entre autres, qui est un personnage charnière. Elle a un pied dans la monstruosité et ne compte pas renier sa famille et son héritage, mais en même temps, elle a aussi un recul réflexif important, qui lui permet de comprendre que cette famille est en pleine chute, qu’il faut la sauver et que les choses ne peuvent pas perdurer ainsi. Elle est animée aussi d’un amour fou pour son fils, pour Petit, dont elle voit bien les qualités, et qu’elle rêve de faire accepter au sein de la famille. Elle porte un regard sans concession sur ses triplés, par contre, qui ne brillent pas par leur esprit, il faut le reconnaître! Cette alternance permet de déployer en un instant près de cinq générations, sous nos yeux étonnés : de l’ogre semblant humain mais au fond d’une cruauté et d’un cynisme sans nom à celui qui se prenait pour Dieu, en passant par une myriade de personnages tantôt mauvais, tantôt avides de pouvoir, tantôt philanthropes. Un monde entier cristallise sous nos yeux et nous offre des destins terribles, nous présentent des coutumes révoltantes et choquantes, laisse aussi apparaître des luttes intestines et des drames sous les liens familiaux, car la soif de pouvoir gangrène toute la famille finalement, ou presque.

Les graphismes ici sont parfaits par rapport au récit. La part monstrueuse de certains personnages est rendue à la perfection, les repas orgiaques aux mets tous plus repoussants les uns que les autres sont eux aussi mis en scène de manière très explicite (estomac sensible s’abstenir!). Le choix des graphismes en noir et blanc fonctionne très bien, je trouve et permettent d’exacerber l’aspect gothique et mythique du récit. En parlant de gothique, la représentation du château familial est saisissante et atteste d’un grand soin accordé au cadre. C’est très agréable.

Desdée est un personnage que j’ai beaucoup aimé. Elle est gigantesque, et aussi douce et pacifique d’un agneau. Ce contraste entre sa taille et son caractère sont saisissants. Pour Petit, elle est un roc inflexible qui lui apprend la bonté, la générosité, la chaleur humaine aussi et l’amour. Elle est un pendant maternel différent.

Enfant, Petit veut explorer le château, il fait les cent coups, seul, sûr de lui, agile et fier. Il découvre aussi l’amour, l’attachement, la perte, la peur de l’inconnu. Il se rebelle contre les siens, contre cette figure paternelle écrasante, contre des mœurs sauvages qui ne lui conviennent pas. Au fil des pages, nous le voyons grandir, gagner en maturité et devenir lui-même, non l’héritier parfait rêvé par sa mère, non l’ogre gentil souhaité par sa tante Desdée : il devient Petit et fait ses propres choix. Des choix qui le conduisent parfois au bord du gouffre, des choix qui à force d’enchaînement d’actions provoquent des drames.

Ainsi, Petit est une très bonne lecture, qui m’a agréablement surprise. Je ne sais pas encore si je lirai les autres tomes, mais une chose est sûre, j’ai beaucoup apprécié ce moment inattendu, pittoresque et délicieusement glaçant.

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