Kalos Kagathos, Djordje Milosavljevic & Milan Jovanovic.

Je suis décidément fan de BD et lors de la masse critique graphique de Babelio, j’ai été intriguée par la couverture et le synopsis de celle-ci. La quatrième de couverture nous annonce la rencontre de trois hommes : un cartographe, un marchand et un chevalier. Quelques jours après leur rencontre à Constantinople, ils partent en hâte, sans la bénédiction du patriarche et laissent derrière eux des cadavres et un ennemi puissant. Ils vont vers l’est, et les fils de l’histoire se mêlent aux fils de soie convoitée.

Je commencerai, comme d’habitude par évoquer les graphismes. J’étais très contente d’avoir reçu cette œuvre car je trouvais les dessins vraiment intéressants. Les deux premières pages – qui placent les personnages – étaient dans la même veine pour mon plus grand bonheur. Mais, par la suite, le coup de crayon a changé, devenant plus schématique et plus nerveux, offrant moins de détails et de nuances. J’avoue avoir été vraiment déçue parce que, du coup, les dessins ne me plaisaient plus vraiment. Ils ne sont pas désagréables en soi, mais la couverture ne correspond pas au style graphique majoritaire dans l’œuvre et pour moi qui y suis sensible, cela a été agaçant, un peu comme si on m’avait flouée. Pour autant, j’ai lu la BD et la lecture n’est pas du tout entravée – loin de là – par les graphismes.

Ce volume contient en réalité deux tomes et permet de lire l’ensemble des aventures des personnages. C’est particulièrement agréable car nous pouvons savourer pleinement les rebondissements sans la frustration d’ignorer la chute. Je n’avais pas fait attention qu’il s’agissait d’une intégrale, alors autant dire que cela a été une très bonne surprise.

Les aventures de cette BD se déroulent dans l’empire byzantin, lorsque l’empereur souhaite découvrir le moyen de fabriquer la soie. Les conflits font rage entre ceux qui convoitent le trône, ceux qui veulent maintenir le pouvoir de la guilde des commerçants et les quelques rares courageux à oser se lancer dans la quête proposée par l’empereur. Il y a donc de nombreux coups bas, des petites traîtrises, des crimes violents, des manipulations dans le seul but pour chacun de s’enrichir et d’asseoir son pouvoir. Nos trois aventuriers ne sont pas d’ailleurs des oies blanches : l’un voyagera pour essayer de rétablir l’honneur de sa famille, l’autre est déjà en opposition directe avec des puissants et risque beaucoup par ses prises de position, le dernier était déjà voué à un sort cruel, emprisonné et jugé pour hérésie. Finalement, ce trio des plus hétéroclites est mû par des désirs divers, et chacun trouvera son propre destin à l’arrivée du voyage.

J’ai particulièrement aimé la dimension politique que l’on retrouve dans cette BD. Les complots sont légions et pas seulement à Constantinople. Des marchands de mort acceptent et proposent l’impensable au nom du profit, les ambitieux n’hésitent pas à fomenter des coups d’Etat que seules la chance et la lucidité d’un petit nombre permettent d’éviter. Malgré tous ces éléments positifs, je reste un peu frustrée. Il m’a manqué un petit « je ne sais quoi » pour être emballée. Les personnages ici ne m’ont pas émue. Leur passé nous est évoqué de façon trop parcellaire pour me toucher profondément, et leur psyché n’est pas assez fouillée pour que je leur trouve une humanité puissante. Cela reste des personnages de récit intéressants, mais je les oublierai assez vite.

Et pourtant, ces personnages nous offraient de belles promesses. La personnalité du cartographe est hors normes. Il est à la fois traumatisé par son passé, hanté par ceux qu’il a perdu et dévasté par son futur lorsqu’il en prend connaissance. C’est un être qui marche sans cesse sur le fil, au-dessus de l’abîme et qui risque bien de tomber, poussé par le vent contraire du destin. Alexandre est aussi un être particulièrement intriguant : nous nous demandons qui il est, ce qu’il veut, il semble maîtriser les arts divinatoires un peu trop bien, et en même temps, sa façon de rester en retrait laisse penser qu’il n’est pas tout à fait celui qu’il prétend être… Et les révélations sont en effet savoureuses ! Enfin, le marchand est déroutant : à la fois sympathique et un peu trop rusé pour être totalement innocent, il reste un élément clef dans l’aventure de chacun. Il est celui qui restera libre, celui qui poursuivra la quête, même lorsque d’autres seront tombés.

Il y a des éléments intéressants qui permettent de relier le fil de l’Histoire à celui du mythe. La grande bibliothèque d’Alexandrie en est la clef de voûte : les serpents au sang étudié pour les arts divinatoires, les symboles qui se marquent sur la peau faisant de certains personnages des livres vivants, et les destins qui s’écrivent et se laissent lire par tout un chacun ajoutent une dimension mystique inédite. Finalement, il n’y a pas qu’un arrière fond historique, il nous faut aussi accepter l’incroyable et nous confronter comme les personnages au glaive du Destin. Certains êtres de ces pages espèrent échapper à leur destin, sont sidérés ou terrifiés lorsqu’ils le voient en marche, inéluctablement, et chacune de leurs fuites suscite à la fois notre incompréhension et notre frustration car les auteurs se gardent bien de nous révéler les détails des prophéties touchant chacun des personnages.

Ainsi, Kalos Kagathos est une bande dessinée atypique qui place son récit à l’époque bizantine et nous propose des complots, des luttes intestines et une part de mythe tout à fait captivante. Pour autant, les deux volumes réunis ici n’ont pas permis de déployer assez l’univers à mon goût et je reste un peu déçue par les dessins, même s’ils sont plaisants. En conclusion, une bonne BD qui ne m’a pas transportée mais avec laquelle j’ai passé un agréable moment.

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