Siège 7a, Sebastian Fitzek.

Siège 7a       L’été dernier, j’avais adoré Le Colis du même auteur. Lorsque Siège 7a a été annoncé, un doute m’a étreint… c’est que, j’ai peur en avion, une peur irraisonnée, même si elle n’est pas bloquante, alors j’ai hésité, mais les chroniques de Clem (ici) et celle de Chris Pleack () m’ont convaincue d’embarquer pour un vol sous haute tension!  Une fois n’est pas coutume, comme c’est une parution de mars des Editions l’Archipel, et que le confinement est venu mettre un terme à mes razzias en librairie, je me suis jetée sur la version numérique.

     Rien que le résumé nous met déjà mal à l’aise : Il existe une arme que tout le monde peut embarquer sans encombre à bord d’un avion. Un vol de nuit Buenos-Aires – Berlin. Une passagère fragile psychologiquement. Un psychiatre contraint de la manipuler afin de faire s’écraser l’avion, sans quoi sa fille, la seule famille qui lui reste, mourra.

     Soyons clair : ce roman se dévore. Les pages ont défilé sous mes doigts à une vitesse folle. La tension est maintenue tout au long du récit qui se déploie autour de deux axes : l’histoire de Mats, psychiatre prenant l’avion pour rentrer à Berlin, et l’histoire de Nele, sa fille, sur le point d’accoucher. Au début, nous ne comprenons pas vraiment ce qui sous-tend l’histoire familiale de cet homme. Il est parti, a quitté sa femme, sa fille le déteste mais lui demande de venir pour l’aider avec le bébé. Tout cela est trouble mais aussi intriguant car nous sentons confusément que quelque chose se joue ici. La culpabilité ronge Mats, la colère gangrène les relations père-fille et l’alliance des deux crée un terreau fertile au conflit, aux vengeances qui aiguise nos sens de Sherlock Holmes en herbe! reste à savoir si l’auteur n’est pas plus rusé que nous…. (spoiler : si!)

      Le lecteur est littéralement pris en étau entre deux urgences : un accouchement à risques menacé par le spectre de la mort. Forcément, une femme enceinte, au dossier médical sensible, qui doit accoucher sans médecin, en captivité, et mue par l’envie irrépressible de se sauver… ça crispe. Le vol n’est pas plus serein : un coup de fil, une odeur familière, du personnel de bord antipathique ou inquiétant selon les cas, des passagers innocents courant – sans doute – à leur perte. Il n’en faut pas plus pour jouer avec nos nerfs. D’autant que ce voyage ressemble à une partie de cache-cache géant : enfermé dans une prison de métal, au milieu des nuages, il devient mission impossible de déjouer et de démasquer les projets du maître chanteur. Pourtant, Mats s’y emploie, avec l’énergie du désespoir, entre enquête par procuration, exploration de vieux documents et… renoncement car, oui, pour sauver la vie de sa fille, il se résout à entrer dans le jeu du maître chanteur et amorce une bombe à retardement au cas où l’impensable deviendrait sa seule option. Alors, bien évidemment, certains passages paraissent peu crédibles dans la vie réelle, certes… mais si on se laisse happer par le récit, ça fonctionne vraiment bien, et nous avons parfois aussi besoin d’une petite dose d’irréel.

       Ce thriller est particulièrement bien ficelé. Il répond à une économie d’ensemble originale, rare et savoureuse. Lorsque l’on arrive à la fin de l’oeuvre, certains éléments du début nous reviennent en pleine face, et acquièrent une importance insoupçonnée. Alors, la narration prend tout son sens, alors nous comprenons les passages étranges, incompréhensibles pour ne pas dire farfelus. Pour autant, ces passages étranges étaient tous nécessaires car cela nous a plongés dans le même état de désorientation que Mats, avec un rare brio.

       Dans ce roman, peu de personnages sont ce qu’ils semblent être, lorsque nous pensons les avoir cernés, une page vient détruire notre magnifique montage, comme s’il s’agissait d’un château de cartes. Bien entendu, il est étonnant que Feli accepte d’aider Mats, comme ça, sur un coup de tête, surtout au moment où il le lui demande, bien entendu, le manque de sagacité de certains peut être exagéré, mais en même temps, quand on a le nez entre les pages, on ne se pose pas autant de questions. Et, finalement, les petites incohérences chez les personnages deviennent les motifs de nos soupçons, cela nous aiguille et nous perd. Nous sommes donc surpris de bout en bout car chaque pièce du puzzle trouve sa place avant que la plume de l’auteur ne nous mette échec et mat.  La chute du récit est parfaite : elle est à la fois tragique et émouvante. Elle renoue les liens et nous émeut profondément.

      Ainsi, j’ai adoré Siège 7a de Sébastian Fitzek. Ce thriller est une lecture addictive, à l’écriture dense et resserrée, qui renoue (presque complètement) avec la tragédie classique : un lieu, une temporalité restreinte, et une urgence. Le lecteur est tenu en haleine, emporté sur des fausses pistes, battu par des vents contraires avant que la tempête ne s’apaise et que nous n’assistions, sonnés, à un atterrissage spectaculaire et savoureux. 

 

 

 

2 réponses sur « Siège 7a, Sebastian Fitzek. »

    1. Le Colis est franchement bien : il m’a réconcilié avec les thrillers psychologiques. Bon, par contre, les avis dessus sont assez mitigés et tranchés … ça passe ou ça casse. Pour l’instant, les retours que j’ai lus sur Siège 7a me paraissent plus unanimes. 🙂 Tu me diras si tu en lis un, ce que tu en penses?

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s