En quête d’Azalée, Jacques Pimpaneau.

En Quête d'Azalée par Pimpaneau

   J’ai reçu ce roman dans le cadre d’une masse critique Babelio. Il avait tout pour me plaire : la maison d’éditions Picquier que j’affectionne, un destin de femme un peu hors norme et tout un volet autour de l’art. Je suis enchantée de ma réception, et si j’ai mis un peu plus de temps que prévu à me lancer dans la lecture, c’est surtout à cause des aléas de la vie réelle et du manque de temps.

      Azalée est une peintre qui a vécu sous la dynastie des Song, dans la deuxième moitié du XIe siècle. Femme étonnante, elle fascine un lettré qui décide de lui consacrer un ouvrage et de retracer qui elle fut en interrogeant ceux qui l’ont connue.

J’ai beaucoup aimé ce roman, pour différentes raisons. Tout d’abord, j’ai aimé sa construction. Il n’y a pas ici de portrait au sens classique – de la naissance jusqu’à la vieillesse-, mais chaque chapitre représente un éclat signifiant de la personnalité de cette femme, vu par le prisme d’une rencontre. Sa vieillesse d’abord et la découverte de sa maladie, sa façon de préserver sa maison et de lui offrir une autre vie après sa mort à elle, puis ses jeunes années, sa découverte de l’amour, ses liens avec son père, un père aimant – qui a sans doute accepté plus d’elle qu’aucun autre père de son époque. Mais au fil des pages, nous apprenons aussi la femme qu’elle est devenue : espiègle, se moquant des conventions, riant de la morale rigoureuse et du caractère bien pensant de certains, plus sage que ses facéties ne le laissaient préjuger et se jouant des idées toutes faites de ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Sa complicité avec sa servante est émouvante aussi. Femme entière, elle a choisi sa vie, elle a choisi ses amitiés, elle a choisi ses amants. Et comme souvent, sous la jovialité et sous le masque d’une vie sans contrainte, la douleur affleure : Azalée est aussi une femme qui a souffert, qui a été manipulée par certains hommes, qui a fait peur à d’autres par sa liberté de ton et qui finalement, n’a pas pu trouver un compagnon qui la respecte pour ce qu’elle était, qui voit au-delà de sa beauté, au-delà de sa liberté de mœurs. Finalement, il y a aussi un zeste de tragédie ici car pour être elle-même, pour ne pas s’affadir aux côtés d’un homme sous la dépendance duquel elle se serait étiolée, elle est passée à côté d’un possible d’une vie de femme, non qu’elle en manifeste un regret dans les confidences de ses proches, mais cela transparaît malgré tout en filigrane : être soumise aux règles et conventions d’une époque ou choisir une liberté de ton qui déclenche commérages, jalousies : un choix bien difficile…

       Azalée est un personnage extrêmement attachant : on l’aime pour son regard sur les autres, pour son respect des autres, pour sa manière de ne pas jouer de sa beauté pour manipuler, pour son regard sur le monde, un regard magnifié par l’artiste qu’elle est et par ce qu’elle veut montrer à travers sa peinture. Ma scène préférée reste le passage au restaurant avec le petit garçon : un petit inconnu qu’elle a su apprivoiser, deux solitudes qui se rencontrent, se reconnaissent, et le temps d’un bref instant, se complètent en un éclat de rire silencieux, rendu possible par l’Art et le langage. Un geste tendre et doux, désintéressé. Un de ces gestes qui réchauffe le cœur.

       Si je devais évoquer un bémol : il y a des passages sur le bouddhisme, sur le taoïsme,  sur certaines conceptions de l’art et des choses que je ne suis pas certaine d’avoir totalement comprises. Certaines pensées d’Azalée sur son art sont également complexes et difficiles à conceptualiser, mais en même temps, cela n’affecte pas réellement la lecture et n’empêche pas de lire la suite.

       En résumé, je suis ravie d’avoir découvert une femme étonnante, complètement hors de son temps et fascinante par sa liberté de pensée et d’agir, à un moment où les libertés des femmes étaient toutes autres. Cette lecture est très agréable et mêle harmonieusement destin féminin, art et culture chinoise. Une très belle découverte. 

2 réponses sur « En quête d’Azalée, Jacques Pimpaneau. »

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