La Couleur oubliée de l’arc-en-ciel, Martine Pilate.

La couleur oubliée de l'arc-en-ciel par Pilate       J’ai reçu ce roman dans le cadre d’une masse critique Babelio et des éditions de Borée, que je remercie au passage. Je trouve le titre de ce roman particulièrement poétique et doux, étonnamment, pour une fois, j’aime un peu moins la couverture, qui à mon humble avis, semble presque trop concrète, trop triviale même si elle épouse le contenu du livre.

     Ce roman retrace la vie d’une famille. Nous découvrons le destin de Rosa-Lyn, jeune fille née d’anciens esclaves, qui partagera la vie d’un homme blanc dans une Amérique encore ravagée par la ségrégation. Nous suivons le destin de ses enfants aussi, Antoine, surtout. Une jeune homme à qui l’avenir appartient, un avenir qui ne cesse de fluctuer entre les discriminations raciales et les conséquences d’un engagement en tant que soldat, au front. Des destins brisés, des êtres qui se relèvent de leurs cendres et qui deviennent les artisans de leur vie.

      Les personnages de ce roman sont particulièrement attachants. J’ai aimé les dilemmes de Peter, ce père de famille, ancien esclave, qui rêve d’études et de beau mariage pour sa fille et qui, pour l’amour d’elle, accepte qu’elle devienne gouvernante puis qu’elle soit la compagne d’un riche propriétaire blanc, de quinze ans son aîné. J’ai aimé la relation tissée par les deux hommes, une relation d’égal à égal, une relation de confiance par delà les préjugés raciaux et les désaccords ponctuels. Rosa-Lyn est une femme d’une détermination et d’un courage sans faille et elle le transmet à ses enfants : Antoine et Lucile. Si la jeune fille est assez peu mentionnée, ce qui laisse présager un deuxième volet, Antoine lui, est très présent dans ce tome et il force le respect! Ce jeune homme, métis dans une société intolérante, affronte la vie et ses revers avec héroïsme. Il est exemplaire sur le front, il l’est dans sa relation avec Maëlle, et dans sa façon d’affronter l’avenir. Les personnages font de ce roman une lecture addictive car nous avons envie de savoir ce qui leur arrivera. Nous voulons comprendre quand le malheur cessera de les poursuivre et quand, enfin, ils pourront savourer un bonheur bien mérité. De plus, l’autrice sait faire exister des personnages nuancés à l’instar de William, le beau-frère, qui évolue tout au long du récit et devient particulièrement sympathique lorsque le sort s’acharne sur lui. Le destin sait aussi se faire cruel avec ceux qui le méritent et nous jubilons intérieurement, notamment en ce qui concerne le cousin d’Antoine, que nous apprenons à détester cordialement tout au long de l’oeuvre avant de réaliser que la punition que la vie lui inflige est d’une ironie absolument parfaite.

    De plus, la romance dans ce livre est parfaitement mesurée. Elle est présente à travers différents personnages, elle reste d’ailleurs en filigrane sous le destin de cette famille atypique, mais elle ne devient à aucun moment omniprésente. C’est un fil rouge du récit parmi d’autres : l’émancipation des enfants, les choix individuels, les revers de l’Histoire, la guerre des tranchées, la cuisine sont autant d’éléments qui parcourent l’oeuvre et qui lui donnent sa coloration particulière. Ici, la romance se teinte de récit d’aventures et de saga familiale pour nous offrir un large panel de thématiques et d’émotions. Cela fonctionne très bien!

      Enfin, je dirai peu de choses de la plume si ce n’est qu’elle est très fluide. Le titre du livre s’explique par une anecdote que Peter raconte à son petit fils. Non seulement l’histoire est jolie, mais la réponse de l’enfant l’est encore plus car elle amène à réfléchir et elle éclaire l’histoire d’une manière nouvelle. Je ne vous gâcherai pas le plaisir de la découverte et vous laisse trouver par vous-même ce qu’est cette couleur perdue de l’arc-en-ciel. Je vous dirai juste qu’une fois le livre terminé, c’est à mon sens le titre parfait, à la fois tendre et poétique, pour un livre qui est empli de la tendresse d’une famille face aux éléments déchaînés, face au racisme et à la violence.

       Ainsi, La Couleur oubliée de l’arc-en-ciel est une très jolie lecture. J’ai beaucoup aimé accompagner Antoine, Rosa-Lyn, Philippe, Peter et tous les autres à travers l’Histoire et relever avec eux les gageures d’une époque qui n’est pas tendre. Sous l’apparente fraîcheur et l’apparente légèreté de la romance, c’est bien le cheminement des êtres et la cruauté des discriminations qui nous frappent en plein cœur, faisant de cette lecture une lecture hautement humaine. 

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