Le Garçon et la ville qui ne souriait plus, David Bry.

Le garçon et la ville qui ne souriait plus par Bry        Comme je ne pouvais finalement pas aller au Salon du Livre de Paris, mes amies, Anne et Caroline,   m’ont rapporté – dédicacé- ce roman qui me faisait de l’œil. Et, tout naturellement, je l’ai sorti de ma PAL ce weekend, à mon retour d’un voyage scolaire à Paris. Le timing était parfait! Je m’attendais à une lecture fluide et c’est le cas : tout ce dont j’avais besoin après une semaine éreintante.

        Le Garçon et la ville qui ne souriait plus retrace le destin de Romain, un adolescent qui s’échappe chaque soir de sa maison bourgeoise pour aller parcourir la Cour des Miracles, une île sur laquelle les lois de la Norme et l’Eglise ont relégué tous ceux qu’elles qualifient d’anormaux. Mais bientôt de sombres complots vont obliger Romain à choisir un camp et à se dévoiler vraiment, ce qui ne sera pas sans danger.

       Ce roman pour adolescent est à mon sens très séduisant. L’objet livre en lui-même est un vrai bonheur : le travail sur la police de caractère peu conventionnelle, les illustrations glissées, la couverture qui éveille la curiosité, dévoilant un peu sans trop en dire non plus… Autant d’éléments qui constituent à eux seuls une porte d’accès au livre signifiante. A cela s’ajoute une singularité qui souvent me séduit : l’auteur a travaillé la gouaille de ses personnages. Les habitants de la Cour des Miracles ont donc un véritable argot, drôle, savoureux, haut en couleur, qui ajoute au roman un petit je-ne-sais-quoi de tout à fait irrésistible. Cela donne du cachet à ces personnages qui prennent corps et gagnent en authenticité et en consistance. En effet, personne ne les trouverait crédibles s’ils s’exprimaient comme la haute bourgeoisie. A noter qu’un lexique se trouve à notre disposition si nous avons un doute sur le sens d’une expression, et même si je l’ai peu utilisé, j’ai aimé, après ma lecture, le feuilleter pour m’imprégner encore un peu de ce langage fleuri.

       Le tempo du récit est prenant : avec Romain nous nous faisons berner, nous mettons à jour les complots, les  machinations des uns, les ruses des autres et nous démasquons les traîtres, in extremis parfois. Le roman est donc pétri de rebondissements, de choses trappes, d’alliés inattendus qui se dévoilent et nous sommes emportés dans un Paris déchiré par des luttes intestines.

      J’ai énormément apprécié le personnage de Romain : il est un peu rêveur, mais aussi très courageux. Il a un sens de la justice aigu et n’abandonne jamais ses amis, quoi qu’il lui en coûte. Mais, et c’est ce qui le rend humain, il se trompe, il hésite, il a peur. L’auteur parvient parfaitement à mêler le courage des convictions à une maturité encore en construction. Or, justement, cette alliance de maturité et d’enfance chez Romain le rend crédible et touchant. Il gagne en profondeur et en humanité grâce à ses failles et à ses manques.

       La figure du père est elle aussi intéressante. Spectre froid et rigide au début, il acquiert une réelle importance dramatique. Et, même si j’ai vu venir le renversement de situation – que je tairais-, je l’ai apprécié. La mère reste plus caricaturale. Elle est l’image même de l’aristocrate arc-boutée sur ses principes. Elle reste monolithique, et c’est peut-être ce qui m’a le moins plus.

       Enfin, ce que je trouve particulièrement intéressant dans ce roman, c’est qu’il y a deux strates de lectures. Tout d’abord, il y a l’histoire dans ce qu’elle a de superficiel : un garçon de la noblesse qui s’encanaille et veut sauver ses amis. Puis, si nous grattons un peu le vernis, nous trouvons presque la fable d’un monde peut être plus moderne qu’il n’y paraît. Si le roman présente un Paris du XIXe siècle, nous pouvons aussi y voir une réflexion en filigrane sur la société actuelle : le rejet de la différence, l’homophobie, le conformisme, l »intolérance, le repli sur soi. En effet, les « anormaux » dans le roman sont aussi bien les mutilés de guerre que les homosexuels, les malades, les obèses, ceux souffrants d’une maladie de peau – même bénigne, les porteurs d’une tache de naissance… Bref, tous ceux qui ne rentrent pas dans une norme étriquée sont estampillés « anormaux ». Autant dire que cela fait peser une menace sur l’ensemble de la population, car, qui peut garantir qu’il ne tombera jamais gravement malade? Et, tout en interrogeant la question de la tolérance, cela ne peut que faire écho aux horreurs du XXe siècle. Ainsi, sous des apparences légères, ce roman amène à une vraie réflexion sur le respect de l’Autre et sur la Différence. Romain est bien celui qui rejette un système sclérosant pour s’ouvrir à l’Altérité tout en construisant sa propre personnalité.

      Alors, bien entendu, c’est un roman jeunesse et oui, vous trouverez des passages moins enthousiasmants pour un œil adulte. La fin est gentille mais cadre bien au roman et au public. Elle est également intéressante car elle manifeste une prise de conscience collective, une avancée même minime dans une société finalement très oppressive. Je dois dire aussi que je ne serais pas étonnée de trouver un jour une suite à ce roman. Tout n’est pas résolu et les personnages ont gardé encore quelques secrets. Affaire à suivre.

     Ainsi, je trouve ce livre riche : riche en chaleur humaine, riche en rebondissements, riche en émotions. Le Garçon et la ville qui ne souriait plus est donc une très jolie lecture pour ado, à consommer sans modération.

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