Celui dont le nom n’est plus, René Manzor.

Celui dont le nom n'est plus par Manzor      Ce roman de René Manzor, je le gardais bien au chaud dans ma PAL, comme un bonbon que l’on sait avoir, dans son placard et que l’on garde pour les temps difficiles… Finalement, pas de temps difficiles, juste une famille en or, qui a fait 100 kilomètres pour aller me faire dédicacer son dernier opus, Apocryphe, et me le glisser au pied du sapin! Alors, d’allégresse, je me suis laissée aller à déguster mon bonbon : Celui dont le nom n’est plus. Pour la peine, d’ailleurs, je vais aussi vous spammer avec une chronique sur Dans les Brumes du Mal et sur Les âmes rivales dans les semaines qui viennent… Il n’y a aucune raison pour que vous y coupiez, et ce sera tellement agréable pour moi de vous en parler!

      Le titre de ce roman est énigmatique, « Celui dont le nom n’est plus », et nous sommes une fois de plus face à des crimes sordides mêlant cruauté humaine (ou désespoir?) et religion, mythes et croyances. Au petit matin, des corps sont retrouvés, éventrés, vidés de leurs organes. L’éventreur est toujours déconcertant de douceur, oiseau inoffensif ayant becqueté – et ingéré- le Mal… Dahlia Rhymes est dépêchée pour aider Scotland Yard à résoudre ces crimes insolubles d’éventreurs mi-coupables mi-victimes, et, aidée de l’inspecteur Mc Kenna et de l’avocat Nils Blake, l’équipe cherche à trouver un sens à l’inexplicable.

      Autant le dire tout de suite : quel bonheur de retrouver Dalhia! C’est un de mes personnages favoris. Elle m’avait déjà conquise Dans les Brumes du mal, et ce que j’ai particulièrement apprécié ici, c’est son évolution. Bien entendu, son savoir sur les mythes et les croyances restent absolument époustouflant et la distance qu’elle met entre elle et les êtres reste sa marque de fabrique. Mais dans ce roman, sa carapace se fissure, l’humain apparaît… et cela la rend encore plus attachante qu’elle ne l’était. Je crois que j’ai un coup de cœur absolu pour cette femme, malmenée par la vie (et par son créateur! Les lecteurs des autres opus verront le jeu de mot, je laisse le soin aux novices de le découvrir…) plus qu’aucune autre. J’ai déjà hâte de la retrouver.

      L’enquête menée ici est très différente des autres : le profil des criminels d’abord, le mode opératoire, ensuite, mais surtout nous arrivons – comme les inspecteurs – assez vite à trouver un suspect tangible. Cela aurait pu gâcher le livre, beaucoup de lecteurs préfèrent découvrir le criminel dans un twist final savoureux, mais en fait, ce montage littéraire impose un autre tempo et met en avant d’autres aspects essentiels à la narration. L’humain, le cheminement, trouver des raisons à l’impensable, trouver du sens à l’inconcevable. En plus de cela, cette structure a l’avantage de démarquer ce tome de Dans les Brumes du Mal , que j’ai lu d’abord, bien que ce ne soit pas le premier, et de lui conférer son originalité propre.

      Très vite donc l’enquête tourne plus autour du brio du criminel, véritable anguille qu’il va falloir réussir à saisir et à garder, mais aussi autour de la manière de sauver les dernières victimes tout en trouvant la cause de cette boucherie. D’ailleurs, le mobile est particulièrement creusé, recherché et travaillé, et cela donne toute sa profondeur à ce triller. Non seulement nous avons le récit de crimes terribles à élucider – ce qui en soi est savoureux- mais nous avons aussi une plongée dans l’âme humaine, lorsque la souffrance touche aux croyances, lorsque l’esprit n’a d’autre choix pour survivre que d’imaginer l’impensable. Ainsi, le bourreau imaginé par René Manzor est en réalité d’une humanité folle et nous touche malgré nous. Figure humaine désespérée, génie du Mal et de l’Amour, personne en détresse aussi bien que les éventreurs ou que nos enquêteurs.

      Nous touchons du doigt un autre aspect qui me plaît beaucoup dans les romans de René Manzor : chaque être a des fêlures, qui finalement entrent plus ou moins en écho avec celles du lecteur. Pas de héros parfait, pas d’enquêteur sans peur et sans reproche, juste des êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses qui se débattent face à une vie et un destin bien souvent injuste et cruel. Mc Kenna illustre particulièrement bien cela. Le twist final concernant le criminel a été déplacé et a concerné un autre personnage, et pour être honnête avec vous, les révélations m’ont prise à la gorge et m’ont serré le cœur, marque d’une chute réussie! Chapeau bas. Quelle belle manière de retravailler le thriller, en jouant avec ses codes tout en conservant le bonheur du lecteur en ligne de mire!

      De la plume, je ne dirai pas grand chose, hormis que je l’ai retrouvé avec bonheur. Mélange de fluidité et d’érudition avec Dalhia, elle est parfaite pour moi, et les pages filent et défilent sans que je ne m’en rende compte. J’arrive toujours bien trop tôt au mot « fin », mais jamais déçue.

      Je ne sais pas vraiment s’il est nécessaire de le dire après cette chronique que d’aucuns trouveront trop dithyrambique, mais Celui dont le nom n’est plus est un coup de cœur, comme je m’y attendais, et ni l’attente ni les espoirs placés entre ses pages n’ont réussi à en gâter la saveur particulière. L’humain, le sens de la nuance, le rythme, l’originalité et l’art de la chute, tout y est. 

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