L’Île des souvenirs, Chrystel Duchamp.

Lorsqu’une nouvelle parution de Chrystel Duchamp est annoncée, je suis toujours curieuse de la découvrir et cette fois-ci n’a pas fait exception. Je me suis ruée sur ce roman, et si j’ai tardé à rédiger la chronique, je l’ai en réalité lu depuis le mois d’avril… la vie réelle a malheureusement raison de mon activité de blogueuse bien souvent.

L’Île des souvenirs nous présente Delphine, une jeune femme qui essaie de vivre sa vie loin de l’éducation stricte et austère de ses parents, et qui un jour est enlevée. Bientôt, une autre jeune femme la rejoint dans son enfer. L’une succombera. L’enquête piétine et le capitaine de police Romain Mandier accepte l’aide d’un profiler et d’une psychotraumatologue pour l’aider. Ensemble, ils essaieront d’extraire la vérité des souvenirs épars de la rescapée… mais quel sens donner à ces bribes et quelles vérités s’y cachent?

Dans ce roman, nous reconnaissons la plume singulière de Chrystel Duchamp. Une fois de plus, les mentions artistiques sont très présentes et revêtent une importance cruciale dans le récit. Dans le cas présent, deux œuvres sont citées La Chambre de Van Gogh et L’Île des Morts de Böklin. Ces deux œuvres deviennent à la fois un refuge, un lieu de claustration et se teintent d’une symbolique terrible. Des deux femmes retenues, l’une ne reviendra pas, et passera de la chambre de sa détention aux rivages des morts. Ce sont également les seuls points d’amarrage qui permettent à nos jeunes femmes de ne pas sombrer, même si, d’une certaine façon, cela les conduit aux confins de la folie. Il y a donc quelque chose d’étrange et d’intéressant dans ce choix romanesque. J’ai particulièrement apprécié que les œuvres d’art mentionnées revêtent une importance cruciale et ne soient pas des éléments de décor sans importance. Cela crée un joli jeu culturel, cela parle au lecteur et donne une coloration singulière au roman.

L’alternance des chapitres est savoureuse. Nous découvrons peu à peu les différents personnages, leur passé, leur douloureux présent, leurs rêves, leurs regrets, leurs espoirs, leurs souffrances. Cela crée une dynamique singulière. Les chapitres sont courts, incisifs, ils ne nous laissent pas vraiment le temps de réfléchir et de nous appesantir sur les tenants et les aboutissants. En cela, la construction romanesque est très efficace.

Ce roman nous parle bien entendu de meurtre mais aussi du fonctionnement du cerveau humain, de la gestion du traumatisme. Les enquêteurs font d’ailleurs appel à des spécialistes pour tenter de retrouver l’assassin. Cette partie du récit m’a laissé un goût amer en bouche. Il y avait quelque chose qui me titillait sans que je ne sache vraiment de quoi il s’agissait. Un je-ne-sais-quoi de dérangeant, une sensation diffuse de malaise m’a saisie à certains moments face aux réactions des personnages. La chute du roman s’est chargée de m’éclairer. Mon esprit avait bien senti que quelque chose restait tapi dans l’ombre et les révélations se sont faites encore plus glaçantes que ce que j’avais imaginé. Je n’en dirai pas plus pour ne pas risquer de vous gâcher la découverte, mais, de fait, la fin du récit est à la fois terrifiante, glaçante, jouissive car très originale et frustrante. C’est une étrange combinaison, que je ne m’explique toujours pas mais qui est d’une efficacité redoutable.

Ainsi, L’Île des souvenirs est un thriller efficace et intéressant qui sait surprendre son lecteur pour mieux l’entraîner sur des sentiers inexplorés, aussi lugubres que déroutants. C’est une belle lecture que j’ai appréciée, et ce que j’aime encore plus, c’est que chaque roman écrit par Chrystel Duchamp a son univers propre, recèle une part d’originalité, aucun ne se ressemble et cela renouvelle le plaisir du lecteur.

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