A vif, René Manzor.

J’aime beaucoup les romans de René Manzor, et si je n’ai pas chroniqué toutes mes lectures (la vie de maman de deux enfants en bas âge fait que mon temps libre est réduit à peau de chagrin), j’avais gardé dans ma pile à lire quelques uns de ses livres pour les jours de disette, ceux où je ne trouve rien qui me fasse envie. A vif attendait donc son heure, bien au chaud au milieu de mes polars et je suis heureuse de l’avoir sorti de son étagère.

Aux alentours de Gévaugnac, on retrouve une jeune fille, Maylis, morte sur un bûcher. La capitaine Julie Fraysse, du SRPJ de Toulouse est priée de mettre en pause ses vacances pour débuter l’enquête. On l’oblige aussi à consulter Novak Marrec, l’enquêteur qui a travaillé deux ans plus tôt sur des crimes similaires, un enquêteur dont la santé mentale est bien fragile puisqu’il est interné dans un hôpital psychiatrique depuis son échec sur l’affaire de l’Immolateur. Atteint de troubles obsessionnels délirants, cet homme intelligent et bourru se lance aussi sur les traces du criminel.

Dès les premières pages, j’ai été conquise par le récit et par sa construction. Le meurtre de Maylis est saisissant d’horreur et le lecteur souhaite que le coupable soit confondu, la détresse des parents fait mal, le village en proie à l’agitation suite à la résurgence de ce mystérieux et redoutable criminel crée une vraie tension dramatique. Le lecteur est donc pris dans l’engrenage, comme la capitaine Julie Fraysse, comme Novak Marrec. Nous voulons démasquer le tueur, comprendre quelles forces sont à l’œuvre.

Le suspense est épais dans ce roman : les indices sont maigres, envoient souvent les enquêteurs sur des fausses pistes ou dans des cul-de sacs, le silence règne parmi ceux qui pourraient faire avancer les choses, et le criminel avance masqué, sacrifiant des pions de ci-de là pour créer des jeux de miroirs et lancer la police sur des chemins de traverse.

Le duo Julie Fraysse – Novak Marrec est étonnant. Une jeune femme déterminée, enfant du pays, qui essaie de faire de son mieux et un capitaine cabossé par la vie, au passé bien lourd, à l’esprit tortueux et sagace à la fois. La communication entre les deux semble bien compliquée et il est parfois difficile de discerner ce qui appartient à l’enquête de terrain et ce qui relève de l’enquête faite pour soi, dans le secret d’une chambre ou d’un bureau. L’habileté de René Manzor dans ce roman, c’est de nous offrir une intrigue complexe, savamment construite, édifiée mot après mot, et nous amenant à une chute aussi inattendue que déconcertante. Mais au-delà de ça, il arrive aussi à flouter les bordures du monde et du réel, à effacer les portes et les fenêtres, à faire vivre ce qui se passe seulement dans l’esprit, comme si cela prenait corps dans le monde. J’auiréellement été bluffée par la chute du roman, qui m’a laissée étourdie, satisfaite et un peu désemparée aussi.

J’ai eu plaisir à retrouver la plume de René Manzor. Dans son écriture, il y a quelque chose de très cinématographique. Le rythme du récit, sa construction, les descriptions, tout concourt à exacerber le suspense, à donner à voir l’indicible, à montrer l’horreur des crimes sans pour autant basculer dans le gore. Il y a là un savant dosage qui permet de faire frémir sans répugner.

Ainsi, une fois de plus, j’ai été emportée dans le tourbillon du récit. Je n’en dirai pas beaucoup plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs. A vif est un roman d’une efficacité redoutable, qui réserve plus d’une surprise à son lecteur, le tout savamment orchestré, car une fois arrivés à la fin, nous comprenons – à l’aune des derniers mots- que des indices avaient été distillés pour préparer à cette situation. En deux mots, comme en cent : je recommande.

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