
J’attendais ce roman avec impatience car je suis férue de cold case, la quatrième de couverture était des plus prometteuses, une nouvelle autrice… il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité et me donner envie de lire.
Un samedi d’août, trois enfants disparaissent à As Covas : Blanca ainsi que deux frères Hugo et Nicolas. Le lendemain, la fillette est retrouvée, amnésique mais saine et sauve, à des kilomètres de là. Les garçons sont introuvables. Vingt cinq ans plus tard, les ossements des garçons sont exhumés. Accompagnée d’un journaliste, Blanca part sur les traces de son passé pour essayer de comprendre non seulement ce qui est arrivé, mais aussi pour comprendre sa famille.
Ce roman a une narration singulière. Nous suivons le cheminement intérieur de Blanca et le récit mime le mécanisme de la mémoire : les souvenirs flous, les impressions, les bribes qui remontent à la surface, faussés, mal compris, qu’un autre détail plus tard vient éclairer. Nous avons dans ce livre peu de certitudes sur ce qui arrive, tout est suggéré. L’écriture donne à entendre la douleur intériorisée, le malaise diffus, nous avons comme Blanca l’impression d’atteindre une vérité insaisissable, comme si les mots nous échappaient alors même que nous avons le pressentiment de ce qui s’est passé. En conséquence, le rythme du récit est lent, nous piétinons, nous revenons en arrière, nous hésitons puis nous avançons. C’est un récit qui va à tâtons, mimant la peur aussi de mettre au jour une vérité insoutenable. Dans ce livre, vous ne trouverez ni rythme effréné, ni rebondissements trépidants, ni suspense haletant, mais vous trouverez de l’humanité et une atmosphère poisseuse.
En effet, après vingt cinq ans, les témoins, ceux qui soupçonnaient des choses et qui n’ont pas encore parlé, ont bien du mal à dire ce qui en est. Blanca se heurte donc à un village qui s’est recroquevillé sur ses secrets, sur son drame, et que l’Histoire a également meurtri, exacerbant le silence. Finalement, beaucoup savent, beaucoup détiennent une pièce du puzzle et beaucoup se taisent. Ne pas faire de vague, ne pas se mêler des affaires des autres, supporter. Susana Fortes dresse une fresque de l’Espagne, où le drame de la disparition des enfants se mêle aussi à des considérations politiques, à des conflits idéologiques, et c’est là que le bât a blessé pour moi. Je ne maîtrise absolument pas le sujet, je me suis retrouvée perdue, étourdie par certains passages, n’en saisissant pas pleinement les implications.
La quête de vérité de Blanca est double : elle part aussi sur les traces de son passé, sur les traces de son histoire familiale, car au sein même de sa famille, les non-dits sont tenaces. J’ai bien aimé ces passages dans le roman. J’ai aimé le portrait de sa mère, aimante mais évanescente, elle-même torturée par ses secrets. J’ai aimé la pudeur avec laquelle les secrets familiaux sont évoqués, révélés. Cet aspect du livre rend le tissu narratif plus dense et permet de conférer une belle humanité à Blanca.
En conclusion, je m’attendais à une enquête véritable, menée avec application et marquée par quelques rebondissements, or Les Disparus d’As Covas ne rentre pas dans cette case. Ce n’est pas une enquête au sens propre du terme. Nous avons davantage le cheminement intérieur du personnage. Je suis un peu passée à côté de ce roman, pour cette raison. Je comprends les choix stylistiques, je comprends l’intérêt de mêler la petite et la grande histoire, mais je me suis trouvée démunie avec mes attentes, ma maigre maîtrise de l’arrière-fond historique et un récit poétique là où j’espérais une enquête. Cela n’enlève rien à toutes les autres qualités du roman, il ne correspondait juste pas du tout à l’idée que je m’en étais fait.