
Il y a quelques mois, j’ai lu Le Courant d’air, de Catherine Ryan Howard. J’avais aimé la narration singulière et l’originalité, aussi n’ai-je pas beaucoup hésité lorsque j’ai eu l’occasion de découvrir 56 jours.
Le titre 56 jours évoque la rencontre entre Oliver et Ciara, dans un supermarché de Dublin. Une rencontre fortuite, suivi d’autres rendez-vous, d’une idylle naissante que le confinement liée au Covid-19 a failli briser, mais Oliver propose à Ciara d’emménager chez lui. Mais alors, comment se fait-il qu’aujourd’hui, la police découvre un corps en décomposition dans l’appartement d’Oliver?
Ce roman se contruit grâce à une temporalité précise, presque à rebours. Nous remontons le temps : il y a 56 jours, il y a 28 jours… et nous découvrons les événements, à la manière d’une reconstitution de cold case, après la découverte du corps. Le roman débute donc avec un mort, dont nous ignorons tout et la structure permet de comprendre lentement ce qui s’est passé avant d’arriver à cette mort sinistre. J’ai aimé cette construction, je l’ai trouvée savoureuse parce que j’adore les cold cases. J’ai apprécié de voir Oliver et Ciara prendre vie sous mes yeux, j’ai aimé voir leurs hésitations, leurs atermoiements, j’ai aimé aussi découvrir la circonspection des enquêteurs qui sont en face d’un fait divers des plus déconcertants : meurtre? accident? Quelles seraient les motivations ou les circonstances? Une belle pelote de laine, en apparence inextricable s’ouvre devant eux. Je ne suis pas férue des romans qui se déroulent durant la pandémie et le confinement, j’ai souvent peur qu’ils vieillissent mal, trop marqués par une période, pour autant, ici, ce confinement devient un ressort de l’histoire.
En plus de cette construction à rebours, nous avons un roman choral : nous trouvons les événements vus selon Ciara et selon Oliver. Cela ajoute de la profondeur au récit car sous les grandes lignes qu’un narrateur externe pourraient raconter, nous découvrons à travers les yeux de chacun les petits mensonges, les non-dits, les petites manipulations, les questionnements, les renoncements aussi. Tous ces chois stylistiques permettent de maintenir le suspense et de distiller les informations au compte goutte afin de préparer les révélations de la chute. Pour être tout à fait honnête, je vous dirai que cette forme chorale, avec les mêmes évémements vus selon le prisme de l’un ou de l’autre m’a parfois un peu lassée, parce que j’avais malgré tout l’impression de faire face à des redites, les informations dévoilées par ce biais restant subtiles pour ne pas gâcher l’issue du livre.
La chute du roman est intéressante : elle ménage son lot de surprises, et apporte une réelle satisfaction au lecteur. Nous comprenons les tenants et les aboutissants, nous savons ce qu’il s’est passé, les protagonistes sont humains et non parfaits, ils ont leurs contradictions, leurs failles et leurs limites. L’ensemble concourt à la catastrophe et finalement, malgré la bonne volonté des uns et des autres, le bain de sang ne peut pas être évité.
Dans ce roman, ce qui est étonnant, c’est que la part d’enquête est assez maigre. L’essentiel est ailleurs. Ce n’est pas le travail des enquêteurs qui est mis en avant, mais le fil des événements, les aléas de la vie, les réactions en chaîne tissées d’humanité qui aboutissent à un drame. Les enquêteurs sont presque accessoires, et le lecteur ne s’en formalise pas car l’intérêt du roman est ailleurs.
Ainsi, nous avons avec 56 jours un roman original, à la construction singulière. Le suspense est maintenu jusqu’au bout et cristallise jusque dans les moindres détails, les protagonistes sont humains et sont pleins de failles, de fêlures, de blessures non digérées, de culpabilité cachée. C’est une lecture agréable et différente.