
J’ai découvert Sebastian Fitzek il y a plusieurs années déjà et je ne compte plus le nombre de ses romans que j’ai lus. J’ai beau connaître sa plume, je suis toujours surprise par ce qu’il parvient à créer.
Nous sommes face à un huis clos angoissant, comme un escape game mortel. Marla Lindberg suit une psychothérapie. Incapable de reconnaître un visage, elle a appris que son cerveau pouvait lui jouer des tours. Lorsqu’elle reçoit une invitation pour un weekend de retrouvailles d’anciens élèves, dans les Alpes, elle hésite, tergiverse, puis, voulant échapper à quelque chose, elle accepte. Mais là-bas, rien ne se passera comme prévu : un chalet désert, une toux sifflante, une silhouette menaçante… qu’est-ce qui est réel?
Tout d’abord, il faut l’avouer, Sebastien Fitzek a l’art de créer des scenarii improbables, torturés où les révélations sont inattendues. Dans ses romans, le lecteur ne peut pas faire confiance à son sens de la déduction, il ne peut qu’assister- impuissant – à la mise en branle d’une machine infernale qui conduit irrémédiablement à l’acte V de la tragédie. Un bain de sang – parfois, ou un demi carnage comme ici. Dans ce roman, il y a des morts, des morts brutales, des morts violentes, des morts souhaitées mais avortées, des morts symboliques. Reste à savoir ce que le Destin et son ironie réserve à chacun de nos personnages.
L’atmosphère de L’invitation est poisseuse à souhait, déroutante, horrifique parfois. La tension dramatique monte jusqu’à atteindre son paroxysme dans le dernier tiers, et c’est justement là que le lecteur assiste bluffé à la cascade de révélations, c’est là que les choses prennent progressivement tout leur sens. Nous comprenons alors à quel point chaque détail a été calculé, pesé, calibré pour prendre tout son sens au moment le plus saisissant. Il est toujours très savoureux de parvenir au terme du livre, un peu sonné, estomaqué et bluffé. Nous ne voyons pas venir les choses, même avec une lecture rétrospective, les indices sont trop ténus pour nous éclairer avant LE moment opportun. L’écriture – même s’il s’agit d’une traduction – est très cinématographique. Le lecteur voit sous les mots, imagine avec une facilité déconcertante et se trouve emporté dans une course effrénée.
Dans ce livre, Marla est un personnage complexe et intéressant. Son passé est digne d’un film tant il est glaçant. Dire qu’elle est traumatisée est un euphémisme, cela paraît même improbable tant elle cumule, et peut-être est-ce là déjà un indice. La jeune femme est malgré tout touchante par sa peur de l’Autre, par sa soif de paix, de calme, d’apaisement. Son désir d’être elle-même, sereine, est aussi l’un des moteurs du récit. Les personnes qui gravitent autour d’elle sont déroutantes : sa grand-mère, malade, placée en Ehpad ne semble pas une source d’informations fiable, sa mère qui -selon ses dires- a tout eu d’une mère absente n’est pas un soutien, son frère – accro à la drogue – ne paraît pas beaucoup plus soutenant. Mais ce sont les apparences et finalement, la vérité est peut être ailleurs, dans un entre-deux. Je vous laisse découvrir ce qu’il en est de Marla et de chacun des autres.
Les chapitres consacrés au Chalet des Brumes et aux retrouvailles entre anciens élèves sont dignes d’un film : trépidants, déroutants, glaçants. Chaque être est présenté sous son pire jour : agressivité, faiblesse, bassesses, attitudes malsaines et turpitudes, rien n’est caché, rien n’est épargné. Cela entretient le doute et le trouble du lecteur. L’ancien harceleur reprend du poil de la bête face à ses anciennes victimes, le harcelé courbe l’échine jusqu’à craquer, les jeunes femmes présentes dissimulent des choses pour se protéger. Le week-end de retrouvailles devient un piège. Chaque détail de l’aménagement découvert est un pas vers une vérité que l’on a recouverte d’un voile, que l’on a masquée et rejetée. Il est l’heure de lever ce voile et de mettre à nu les êtres, leurs secrets… la tragédie est en branle, le destin n’épargnera personne.
J’ai également apprécié le rôle que joue Kristin dans la vie de Marla, elle met un coup de pied dans la fourmilière, mais elle est aussi l’un des éléments clef dans les révélations. Elle est une présence discrète, ténue mais d’une efficacité redoutable dans le scénario.
Je ne peux pas trop en dire pour ne pas gâcher les rebondissements et la chute, mais ce que je peux dire c’est que l’ensemble est d’une efficacité redoutable. Le lecteur est pris, emporté, dérouté, étourdi par les milles et un revirements et finalement reçoit l’estocade qui est portée avec brio par l’ultime chapitre.
Comme d’ordinaire, Sebastian Fitzek signe ici un roman saisissant, étonnant et prenant. Les révélations vont bon train, sont inattendues et ne ressemblent à rien de connu. Une fois de plus, j’ai aimé être perdue entre ces pages à me demander ce qui allait se passer et j’ai été stupéfaite par la chute. Un vrai plaisir à lire.