La Femme du serial killer, Alice Hunter.

Ce roman m’a fait de l’oeil dès que j’en ai entendu parler : un thriller domestique comme je les aime, du secret, des drames… de quoi piquer ma curiosité.

Ce roman retrace l’histoire de Tom et Beth, un couple qui s’est installé dans un cottage, à la campagne, quittant Londres pour refaire leur vie loin de l’effervescence et offrir un cadre idyllique à leur fille Poppy. Beth ouvre un coffee-shop, et Tom fait les aller-retour à Londres. Un couple en apparence idéal, jusqu’à ce que la police vienne frapper à leur porte.

Tout d’abord, je dois dire que la lecture de ce roman est très fluide. Je l’ai lu en quatre jours, bien qu’ayant peu de temps, le récit reste bien en tête, l’intrigue est suffisamment prenante pour nous donner envie d’y revenir, de poursuivre, de savoir. J’ai beaucoup aimé les jeux d’ombres dans ce livre. Beth a tout de l’épouse discrète, aidante, qui tombe des nues. Son quotidien devient un enfer lorsque certaines facettes de son mari sont révélées, y compris des facettes qu’elle ne soupçonnaient pas. Le roman fait la part belle aussi aux inconvénients inhérents à la vie dans les petites bourgades : les voisins qui espionnent, voient tout, commentent, la perte de l’anonymat que l’on peut trouver dans les grandes villes, les ragots. Le lecteur sent monter l’atmosphère poisseuse des cancans, les regards en coin, les commentaires, l’hypocrisie. Tout cela contribue à rendre Beth touchante dans son combat pour rester digne, pour protéger sa fille. Mais, finalement… savons-nous bien qui est Beth également? Et si la douce épouse dévouée était plus qu’une victime collatérale? Et si elle avait un instinct de survie plus marqué que nous ne le pensions, à même de la mettre- elle et sa fille- en sécurité?

J’ai apprécié la dynamique de ce roman : il est lent, sans l’être trop. Cela permet de rendre les choses crédibles. Pas d’affolement démesuré, pas de piétinement indigeste, juste des tâtonnements d’enquêteurs, des indices difficiles à relier jusqu’au moment clef. Ce qui est marquant dans ce livre, c’est qu’il n’y a quasiment pas de récit brutal, d’effusion de sang. La mort est bien présente, la violence aussi, les turpitudes humaines bien évidemment, mais cela reste relativement léger pour un thriller. En fait, tout nous est raconté à postériori et passe par le filtre du récit ou des confessions. Cela donne sa singularité au roman, en lui conférant un tempo plus calme que d’autres.

J’ai aimé l’évolution du personnage de Beth dans ce livre. Elle m’a surprise. J’ignore encore si je suis glacée, intriguée ou dérangée par ce personnage. Elle n’est pas la simple oie blanche comme on peut le penser, mais elle n’est pas non plus celle qui se jette à corps perdu dans une course effreinée visible. Elle agit, pense, organise. Certaines de ses paroles sonnaient faux à mon oreille, la fin semble donner à éclairage nouveau à ce qui me chatouillait les oreilles sans que je ne parvienne à savoir pourquoi. Affaire à suivre. Finalement, ce seul roman n’est presque pas assez pour comprendre pleinement ce personnage. Elle a de multiples facettes et j’aimerais savoir comment elle affrontera les courants à venir, j’aimerais savoir ce qu’il adviendra de son mari sur le long terme, et savoir comment la vie qu’elle se construit évoluera. Il reste encore des secrets et des mystères enfouis, qui peuvent agir comme une mine et cela pique ma curiosité.

La forme en elle-même n’est pas nouvelle : une épouse qui découvre la vraie nature de son mari, horrifiée par ce qu’il a osé commettre. Des crimes enfouis, des cold cases. Le regard de la communauté. La peur. Le jugement des autres. Mais la manière dont le personnage de Beth est traité est réellement original. Pour celles et ceux qui auraient lu le roman L’Ombre de la menace de Rachel Caine, on retrouve des similitudes et si vous l’avez aimé, vous risquez d’aimer aussi La Femme du serial killer. J’ai trouvé le roman d’Alice Hunter presque plus doux, moins trépidant, mais tout aussi intéressant.

Ainsi, La Femme du serial killer est un thriller domestique efficace et qui a sa part d’originalité. A partir d’éléments classiques, il tisse un écheveau intéressant qui nous pousse toujours plus avant et nous apporte son lot de révélations savoureuses. Un plaisir à lire.

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