
Après avoir dévoré le premier tome des Demoiselles d’Oxford Street, je me réjouissais de découvrir la suite et les premiers jours de mon congé maternité ont été dévolus à cette lecture.
Nous sommes désormais en 1913, Sally, Beth, Maggie et Rachel ont tissé une véritable amitié, partagent un logement, l’une a obtenu une belle promotion, les autres ont acquis en expérience. Ces jeunes femmes poursuivent leurs aventures de vendeuses et voient leur vie personnelle également transformée entre déceptions amoureuses et petits bonheurs. Nous suivons donc leur évolution dans le Londres d’avant guerre.
Tout d’abord, je n’ai pas boudé mon plaisir à retrouver nos héroïnes. J’ai aimé les voir grandir ensemble en tant que professionnelles, gagner en maturité, progresser, conquérir leur place dans la société. Je suis très touchée par Sally qui est d’une ténacité et d’une pugnacité sans borne, mais aussi par la douce Beth qui, sans en avoir l’air, est elle aussi une femme de poigne. Rachel, qui incarne l’expérience, est toujours aussi fine, elle est un phare dans la nuit pour ces demoiselles, un soutien sans faille. Elle dégage une bienveillance et un altruisme émouvant. Des personnages secondaires prennent de l’ampleur ici : des nouveaux venus, des êtres qui gagnent leur place auprès de notre quatuor et des personnes déjà bien présentes auparavant qui se dévoilent un peu plus, à l’instar de Mick.
D’une certaine façon, ce tome est aussi une étape cruciale dans la vie de nos jeunes femmes : elles se défont d’amitiés nuisibles, elles voient sous le voile revêche de certaines apparences, elles comprennent enfin les causes de certaines attitudes, elles percent à jour les attitudes de certains messieurs et prennent les décisions qui sont bonnes pour elles, et non celles qui feraient plaisir à la société. C’est aussi la période des émois amoureux, des rencontres, des fiançailles, de souffrances et d’atermoiements parfois. C’est ici intéressant car les choses sont amenées avec pudeur et réserve, et, moi qui n’aime pas la romance pour la débauche de sentiments amoureux, je n’ai pas été dérangée. Je ne cache pas que certaines scènes m’ont fait lever les yeux au ciel, notamment la façon de raconter l’intimité des couples, parfois, mais cela n’a pas été rédhibitoire.
Ce roman se pare d’un peu de profondeur : sous les dehors légers, la société de l’époque est dépeinte. Le combat des femmes pour obtenir le droit de vote, l’opposition de ces messieurs, les manifestations réprimées, la montée des tensions en Europe et la crainte de la guerre qui se profile. Le lecteur voit l’insouciance de certains, sent le déni dans lequel d’autres s’obstinent… et ne peut que frissonner en sachant ce qui attend réellement le monde dans les années à venir. La lecture permet de replacer ces demoiselles au coeur d’une époque aux multiples mutations, qui donne aussi du sens à leur envie de liberté, à leur envie de concilier travail et – pour certaines- vie de famille épanouie et épanouissante. Le regard sur la société reste acerbe car nous avons aussi le portrait de profiteurs, de maîtres-chanteurs, de coureurs de dot. Ainsi, ce petit roman tout doux n’exclut pas la noirceur du monde et ses turpitudes même s’il ne les met pas en exergue. C’est ce qui lui confère aussi sa force. Il sait présenter en douceur les choses et nous faire passer un bon moment sans pour autant basculer dans la carictature mignonnette.
Je dois cependant avouer que j’ai préféré le tome 1 à ce deuxième volet, mais c’est surtout lié à mes goûts personnels. Le premier tome développait plus la découverte professionnelle et les amitiés qui se tissent, alors que le deuxième se centre davantage sur l’épanouissement personnel de chacune et fait la place belle à la romance – qui est moins ma tasse de thé.
Ainsi, ce tome 2 des Demoiselles d’Oxford Street est une douceur à déguster sans modération. Nous retrouvons nos attachantes héroïnes et nous poursuivons leur quête initiatique, assistant avec bonheur à leurs réussites, et compatissant à leurs souffrances.