
J’avais adoré Les Pyromanes de Vincent Delareux, alors, lorsque j’ai vu que L’Idole paraissait, je ne me suis pas faite prier pour le lire. C’est une lecture que j’ai d’ailleurs eu le bonheur de partager avec mon amie Clémence du blog YouCanRead.
Dans ce court roman, nous suivons un personnage secondaire des Pyromanes : Seraphine, l’épouse d’Antoine Bouvier. Cette star de la chanson est lasse de son statut de reine de la scène. Elle est fatiguée de son tyrannique impressario, elle est ébranlée par le suicide de son mari deux ans plus tôt, et elle songe à faire ses adieux – en pleine gloire- afin de ne pas ternir son image. De l’alcool, des médicaments… mais voici qu’un homme se dresse sur son chemin et qu’elle est séquestrée par un fan éperdu.
J’ai adoré le début de ce roman. L’atmosphère était oppressante à souhait, pesante comme il le faut. Le désespoir de l’artiste, la lassitude, et l’échec de son plan, tout était parfaitement orchestré. Le réveil auprès de son sauveur était glaçant et laissait entrevoir de terribles rebondissements. J’ai très vite envisagé que, d’une certaine manière, je retrouverai ici des accents de Misery, de Stephen King : un fan un peu dérangé, un artiste séquestré, il y avait de quoi sentir des ressemblances et ce n’était pas pour me déplaire.
Le rythme du récit est intéressant et surprenant. Le tempo est relativement lent, mimant l’interminable attente de Séraphine dans le noir, certains passages correspondent parfaitement aux atermoiements de Séraphine et / ou de son geôlier, entre reproches à peine voilés, projections fantasmatiques, et angoisses. Le lecteur sent le temps s’égrenner, il sent la folie du sauveur qui affleure. Certains propos tenus sont pseudo-philosophiques, ou complètement absurdes, certains actes sont tellement déroutant que nous ne pouvons pas penser que cet homme est sain d’esprit.
Le bilan que Séraphine dresse de sa vie est à la fois sans fard et amer : elle avoue tout, les petites bassesses, les mensonges et les duperies, les regrets, mais au milieu de tout cela j’ai été frappée par le regard qu’elle porte sur son défunt mari ; malgré les coups du sort, elle est loin d’être aigrie. Ainsi, j’ai trouvé son personnage intéressant et très humain. J’ai apprécié également les propos qu’elle tient à la fin du livre, sur le but à donner à sa vie, les mises en garde adressées aux jeunes femmes. Séraphine est réellement un personnage détonnant.
J’aime beaucoup également la construction en sept jours, qui ne peut que faire écho à la théologie et à la création… reste à savoir la création de quoi? celle d’un mythe? celle d’une figure d’artiste qui se grave dans la légende? ou serait-ce la création d’un nouveau Moi pour l’un des personnages? La symbolique est des plus intéressantes ! A vous de le découvrir et de vous forger votre propre opinion.
Pour autant, malgré de belles qualités, je ne suis pas pleinement emballée par ce livre. En effet, j’ai trouvé le huis clos un peu longuet par moment. J’aurais voulu en savoir plus sur Salvator, que cela avance, que ses bizarreries trouvent une explication. Alors, de fait, elles en trouvent une dans l’ultime partie du livre. Les jours 6 et 7 sont particulièrement vifs et rapides et nous assomment de révélations. Malheureusement, les révélations ne m’ont pas tout à fait satisfaite. J’ai été déçue par la première, trouvant le procédé un peu évident; et la deuxième dans le chapitre 7 me laisse sceptique : je n’y suis pas réfractaire, mais pour autant, il me laisse un petit goût d’inachevé en bouche. C’est assez déroutant, je suis la première surprise de ce sentiment un peu mitigé pour un livre que j’attendais avec impatience.
Ainsi, je reste un peu sur ma faim avec L’Idole. Mes attentes ont certainement joué dans la réception de l’oeuvre. Je vois les éléments intéressants et savoureux, mais ne peux m’empêcher de regretter un certain nombre de choses aussi. Je vous laisse vous faire votre idée, et, pour ma part, je retenterai l’expérience avec le prochain roman de l’auteur.