
Ce roman, Run, Rose, Run dormait dans ma pile à lire depuis un temps indécent. J’ai honte, mais cela fait presque un an qu’il m’attendait et plus le temps passait, plus je m’effrayais à penser au moment de l’entamer. Il est conséquent, et subitement, son originalité autour de la musique Country s’est mis à me faire peur, et j’ai lu des livres qui attendaient depuis bien moins longtemps. Finalement, j’ai été bien bête de tant tergiverser puisque je l’ai lu en trois jours!
Le roman nous raconte le destin d’AnnieLee Keyes, une jeune femme de 25 ans qui débarque à Nashville avec rien, sauf sa soif de s’en sortir. Elle peine et affronte mille difficultés pour se hisser au rang des chanteuses de Country. Sur sa route, elle rencontre des bienfaiteurs, mais son lourd passé la poursuit et elle n’est pas prête de s’en défaire : la vraie question est de savoir si elle coulera avec lui ou s’en délestera.
Tout d’abord, la musique est très présente dans ce roman. Nombreuses allusions sont faites à des classiques, à des standards du genre et de très nombreuses paroles sont citées – en anglais. Pour l’inculte que je suis en musique country, cela n’a pas été toujours facile de m’y repérer, et, je plaide coupable, j’ai lu certaines paroles de chanson en diagonale, ma maîtrise de l’anglais n’étant pas absolument parfaite. Je fais partie de ceux qui ont appris l’Anglais en LV2 et qui le pratiquent trop peu pour avoir une belle aisance. Je pense que ces éléments seraient un vrai bonus pour un amateur de musique – country ou non, mais sans me rebuter, cela ne m’a pas non plus transporté.
En revanche, le destin d’AnnieLee m’a intrigué dès le début. J’ai beaucoup spéculé sur ce passé qui la poursuivait, sur les erreurs de parcours qu’elle avait pu naïvement commettre étant jeune et je n’ai pas vu venir les révélations. Mais le roman présente une certaine densité et nous attendons longtemps les révélations, ce qui fait que, lorsque j’ai eu le fin mot de l’histoire, cela m’a fait l’effet d’un soufflet qui retombe. Le passé d’AnnieLee est proprement glaçant et terrifiant, mais j’avais eu tant de temps pour m’imaginer mille et un scénarii que je m’attendais à quelque chose de retentissant, or les révélations sont faites en une demi page et ensuite, avec beaucoup de pudeur, les auteurs couvrent d’un voile les implications. La fin du roman est alors très proche. D’une certaine façon cela permet de ne pas sombrer dans le trash ou le misérabilisme et je le conçois aisément, mais, même si rationnellement je le comprends, l’horizon d’attente était tel que j’aurais aimé que les révélations soient davantage mises en valeur, pour leur conférer leur pleine charge romanesque et émouvante.
Le récit en lui-même est construit de manière intéressante, si bien que nous sommes emportés en avant. Bien évidemment, le destin d’Annie Lee reste un joli conte de féés semé d’embûches, mais ce n’est pas déplaisant. Les rebondissements sont nombreux et nous poussent vers l’avant, les personnages sont ciselés de façon très cinématographique, ce qui fait qu’il n’est pas difficile de les imaginer, et le tempo est dynamique et enlevé comme le serait un bon film d’action, tout en préservant des séquences émotions. Les auteurs sacrifient au rituel de la romance balbutiante que ces jeunes gens cabossés par la vie refusent de voir par peur de souffrir, par peur de voir ressurgir les fantômes du passé. Soit. Ce n’est pas très original, mais le procédé est éprouvé et il fonctionne. Cela ne gâche ne rien la lecture. Le monde de la musique est présenté comme impitoyable, encore plus avec les femmes qu’avec ces messieurs, et sur ce point, je pense que c’est assez vrai.
Ainsi, j’ai passé un bon moment avec Run, Rose, Run. Comme le précédent roman que j’ai lu de Patterson, écrit à quatre mains, je trouve à ce livre des qualités certaines : il est entrainant, ménage le suspense, il emporte le lecteur en avant dans une course qui est très cinématographique, la lecture est fluide. Pour autant, j’ai trouvé que les ficelles étaient parfois grosses. A vous de vous faire une idée, cela n’empêche pas, du reste, de passer un agréable moment en sa compagnie.