
Jeux de mensonges est mon premier roman de Julie Clark et je me faisais une joie de le découvrir. Ce roman est presque exclusivement féminin, qu’il s’agisse de la criminelle que l’on traque ou de celle qui la poursuit et j’étais curieuse de voir comment le thème serait traité.
Ce roman met en scène Meg Williams, une arnaqueuse de haut vol, qui, sous différentes identités, ruine des personnes riches en s’immisçant peu à peu dans leur cercle. Kate Roberts attend depuis longtemps que le destin remette Meg sur sa route, un vieux contentieux les lie et elle entend bien se venger en faisant éclater toute la vérité. Mais les choses ne se passeront pas comme elle l’escompte.
Tout d’abord, la lecture de ce roman est d’une fluidité déconcertante. Je l’ai emporté au travail et j’ai lu sur mes pauses du midi, si cette lecture hachée aurait pu entraver ma capacité à plonger dans le récit, il n’en est rien ! Je l’ai dévoré en assez peu de temps et je me suis délectée de ces pages. Le matériau très féminin joue certainement un rôle : les femmes sont autant victimes que prédatrices ici, d’une certaine façon, par leurs actions et leurs quêtes, elles reprennent le pouvoir sur un environnement masculin oppressif. Les hommes ne sont d’ailleurs pas présentés sous leur meilleur jour. Tout y passe : le mari en plein divorce qui espère ruiner son épouse, l’escroc qui abuse de la faiblesse d’une mère célibataire, le séducteur qui n’hésite pas à violer et à se montrer badin face à ses actes, l’accro aux jeux… Les hommes en prennent pour leur grade. Pour autant, les femmes ne sont pas irréprochables non plus : manipulatrices, menteuses, animées par la rage de la victime, elles mettent tout en œuvre pour terrasser celles et ceux qui le méritent. Une véritable vendetta se livre entre ces pages.
Kate Roberts est un personnage intéressant. L’autrice l’a rendue très humaine. Victime, elle est aussi chasseuse et entend faire apparaître les torts de son bourreau au grand jour. Elle est pourtant un peu naïve, portée par un désespoir touchant mais aussi par l’espoir de réparer et de panser pleinement ses plaies par ses actes. Meg est une figure de méchante délectable. Impitoyable, sans cœur, rouée à toutes les manigances, elle avance ses pièces sur l’échiquier avec une prudence, une intuition et une précision diabolique. Elle forme avec Kate une belle antithèse : l’oie blanche s’attaquant au loup. Pour autant, les confidences sur le passé de Meg nous amènent à compatir avec elle. Plus nous avançons et plus ce personnage se pare de facettes différentes, transformant petit à petit le regard du lecteur sur elle.
Le jeu du chat et de la souris qui s’installe entre Kate et Meg est très agréable à découvrir. Il est passionnant de voir comment chacune avance ses cartes, positionne ses pions, met en place ruses et tactiques, espérant obtenir l’avantage. Au jeu des mensonges et des vérités – plus ou moins partielles – nos deux héroïnes se défendent particulièrement bien. Reste à savoir laquelle des deux maintiendra l’avantage et laquelle des deux laissera son armure se fissurer la première.
La chute du récit est jubilatoire à plus d’un aspect. Le traitement réservé aux méchants (je garde volontairement une formulation vague pour ne trahir aucun élément clef), l’évolution de chaque personnage ajoute en saveur et laisse au lecteur un goût d’achevé, à la fois satisfaisant et délicieusement irrévérencieux. Les toutes dernières lignes laissent entrevoir une suite aux aventures de Kate… et je plaide coupable : je serais très curieuse de lire un jour ce que la vie lui réserve.
Ainsi, je suis enchantée de ma lecture. Jeux de mensonges est un roman efficace, mêlant enquête journalistique, fait divers et, en filigrane, faits de société. Il nous amène à nous interroger sur la Justice et sur la notion de vérité. Il pousse chacun des personnages à bien regarder dans le miroir ce qu’il est, d’où il vient et ce qu’il veut, sans fard et sans voile. Le jeu du chat et de la souris entre les personnages est un véritable régal.